Calme, concentrée, sourire flottant sur un visage épanoui, la Japonaise Lyoko Yano, 19 ans, s'imposa, plus encore que lors des premières épreuves, comme un modèle de contrôle de soi; mais, dans son jeu, il s'en passe ! Même si son 5e concerto de Mozart apparut comme singulièrement neutre, on pourra dire «intérieur» ou «réservé». Émotion minimale, mais intégrité et goût dans le son, le phrasé et le style, un battement de cil à l'adresse de Georges Octors faisant, dans ce contexte, l'effet d'un coup de théâtre, plus que les péripéties imaginées par Mozart dans son rondeau final, et dont l'Orchestre de Chambre de Wallonie se chargea seul de faire partager les saveurs (un peu lourdes; aurait-on fêté trop tard les succès de la veille ?). Tout à l'inverse, la première sonate d'Ysae, qui ouvrit la seconde partie de l'épreuve, permit de (re) découvrir une musicienne chez laquelle cette intégrité déjà évoquée se fit couleur, poésie, beauté, force même, le tout dans une réalisation parfaitement maîtrisée, en dépit de certains écarts de justesse. Mais c'est une des injustices de l'écoute que chez certains notamment Yano , les notes fausses gênent moins que chez d'autres. L'imposé, bien en place, sans plus, fut livré avec un zeste de mystère (un clin d'oeil ?), préludant à «Subito» de Lutoslawski, qui fit monter l'intensité d'un cran, mené avec une vigueur, un lyrisme et une assurance insoupçonnés. Enfin, dans le «Poème» de Chausson, la jeune fille poursuivit sur sa lancée : libre, dépouillée, abandonnée au texte et, dès lors, profondément émouvante.

Mikhaïl Ovrutsky, 20 ans, natif de Russie et Américain de nationalité, avait choisi le 4e concerto de Mozart. Après la paisible transparence de Lyoko Yano, le jeu du musicien actuellement élève de Zakhar Bron sembla tumultueux, tendu et surchargé. Magnifique andante, riche d'intentions inscrites dans une sonorité somptueuse, mais toujours surinvesties au bénéfice du violon et non de la musique; le rondeau, «graciozo» comme il faut et débordant de vitalité, fut le moment le plus serein et le plus pur d'un concerto qui laissa une impression mitigée. Démonstration qu'on peut être en affinité avec Bach (ce fut le cas en première épreuve) et passer à côté de Mozart. En seconde partie, la sonate d'Ysae, entreprise avec une âpre énergie, y compris dans les passages indiqués «piano», confirma les qualités techniques du candidat et les raffinements complexes mais déjà «installés» de sa conduite instrumentale. L'imposé de Swinnen, donné de mémoire, fut un modèle de rigueur et les 5 mélodies op. 35 bis de Prokofiev, ouverture vers un monde intérieur et poétique, restèrent, faute d'imagination, au stade décoratif; quant au redoutable «Erlkkönig» de Schubert/Ernst, il aurait dû, pour franchir le cap de la monstruosité, connaître à la fois un meilleur traitement technique on s'en étonne de la part d'un pareil virtuose et une fidélité accrue au poème qui le sous-tend.

© La Libre Belgique 2001