Entretien

Après le génocide, les enfants n’avaient plus de gaieté. Ils avaient perdu leurs parents et leurs sourires. Je me suis souvenue des contes qu’on me racontait petite et qui me faisaient rigoler. On s’amusait. Chez nous, lorsqu’un enfant est triste, on essaye de l’égayer. Voilà pourquoi j’ai voulu éditer des livres pour enfants. Si j’avais su le travail que cela me demanderait, je ne l’aurais jamais fait. Mais aujourd’hui, je suis récompensée", nous dit Agnès Gyr-Ukunda, de Bakame éditions, qui vient de remporter le BOP, Bologna prize, pour l’Afrique. Pour célébrer dignement ses cinquante ans, la Foire du livre de Bologne a en effet créé un nouveau prix qui souligne le travail et l’audace d’un éditeur par continent.

La maison Bakame édite des livres de jeunesse au Rwanda depuis 1995 et parle à la fois de la culture et du quotidien des Rwandais. Elle produit également des livres scolaires en kinyarwanda. Depuis sa création, elle a déjà édité 126 titres tirés à plus d’un million d’exemplaires. Heureuse et néanmoins sereine, l’éditrice garde précieusement le coffret vert qui contient sa récompense et nous parle en douceur de l’importance du livre pour enfants dans un pays, comme le Rwanda.

"Les livres sont publiés en trois langues, l’anglais, le français et surtout l’ikinyarwanda. Il est très important de publier en langue nationale car il n’y a pas de littérature jeunesse chez nous. Je voulais une littérature basée sur la langue nationale car la langue, c’est la culture. C’est un droit de l’enfant d’apprendre dans sa langue maternelle."

Maison d’édition autonome, Bakame ne bénéficie d’aucune subvention et vend ses livres à prix réduits, environ 2 à 3 euros, pour qu’ils soient accessibles. "Nous essayons d’expliquer aux papas que s’ils peuvent boire une ou deux bières après le travail, ils peuvent aussi acheter des livres."