Des voitures pas si "ver tes"

F.C. Publié le - Mis à jour le

Greenpeace a visité le Salon de l’auto 2011 : les efforts des constructeurs sont insuffisants, juge l’ONG. La preuve par l’exemple avec quelques modèles.

Si la technologie a permis de réduire en moyenne les émissions de CO2 des véhicules, les constructeurs pourraient aller beaucoup plus loin. Mais, pour cela, il faut les contraindre par des règles légales plus sévères au niveau européen, car on peut douter de leur réelle bonne volonté.

Enfin C’est le message que Greenpeace Belgium a voulu faire passer à l’occasion d’une visite "alternative" du Salon de l’auto 2011. Stand après stand, Joeri Thijs, le spécialiste "transports" de l’association environnementale, a relevé les contradictions et les paradoxes "verts" des nouveaux modèles présentés par les grandes marques automobiles.

Commençons par Audi et sa nouvelle A6. "Elle émet 190 g de CO2/km, c’est mieux que la précédente A6. Mais sur la fiche technique, on voit aussi qu’elle fait 300 ch. ! Une famille moyenne a-t-elle besoin d’une telle voiture ? Non, c’est du gaspillage, analyse le représentant de Greenpeace. Audi, comme d’autres marques, pourrait faire mieux grâce à un "downsizing" des modèles. La puissance et le poids des voitures sont en hausse en général, ce qui annule les effets bénéfiques des améliorations technologiques. Plus une voiture pèse, plus elle consomme évidemment C’est un aspect qui est nié par les constructeurs."

Raisonnement inverse avec la Mini Countryman, la nouvelle déclinaison de la marque culte désormais possédée par BMW. "Cette petite voiture, qui n’est même pas une familiale, émet 115 g de CO2/km. C’est juste le seuil pour obtenir la prime fédérale mais, en même temps, elle devrait faire nettement mieux vu son poids plus modeste. En fait, si l’on raisonne de façon relative, ses performances environnementales ne sont pas bonnes."

A ce sujet, Greenpeace réclame que l’octroi des primes se fonde sur des critères plus fins que les émissions de CO2 uniquement (les particules fines, le bruit ) Par ailleurs, leur mode d’évaluation est faussé par les constructeurs, estime encore l’ONG. "Une étude hollandaise a prouvé que les tests de mesure des émissions de CO2 donnaient des résultats très différents des émissions réelles, explique Joeri Thijs. Pour certaines voitures, cette différence peut monter à plus de 50 % ! Les constructeurs sont créatifs : ils utilisent des petits trucs dans la phase de tests pour assurer une consommation optimale. Par exemple, les véhicules hybrides sont testés avec leur batterie chargée au maximum sur des distances très courtes, ce qui donne des résultats plus favorables."

Volkswagen n’échappe pas au mécontentement de Greenpeace, malgré la technologie BlueMotion qui permet d’optimaliser la consommation des différents modèles de VW. "Volkswagen a décidé d’appliquer le BlueMotion sur une ligne de véhicules à part. Pourquoi pas à tous les modèles ? Ce constructeur dispose de la technologie, mais puisqu’il n’y était pas obligé, il ne l’étend pas à l’entièreté des voitures "

A l’égard des obligations, justement, les constructeurs devront respecter en 2015 une moyenne de 130 g CO2/km pour leur flotte de voitures neuves. Toutefois, aux yeux de Greenpeace, cette norme est trop faible. "Cette législation n’est pas du tout ambitieuse. Résultat : certains constructeurs sont en route pour atteindre ces objectifs assez facilement et peuvent donc se permettre, comme VW, de ne pas appliquer toutes les technologies existantes. C’est la preuve qu’il faut renforcer les exigences à un niveau européen."

Egalement au Salon de l’auto, Saab n’est pas épargné par Greenpeace. En effet, la marque présente un nouveau 4X4 : la 9-4X qui consomme sur le papier 12 litres/100 km et fait 300 ch. "Lancer un tel modèle aujourd’hui est incompréhensible du point de vue environnemental, mais aussi marketing. C’est ce genre de véhicule qui a coulé General Motors lorsqu’il possédait Saab", affirme encore Joeri Thijs.

Même remarque pour la Toyota Land Cruiser. "Toyota, ce n’est pas que la Prius hybride ! En raison de la législation européenne trop faible, les constructeurs peuvent encore mettre ce genre de 4X4 sur le marché en compensant avec leurs modèles à faible émission "

Enfin, en ce qui concerne les voitures électriques, Greenpeace prend le cas de la Nissan Leaf qui arrivera bientôt sur le marché automobile. "L’évolution vers des voitures électriques est évidemment positive. Mais il faut alors un glissement vers l’électricité verte. Sinon, on déplacera simplement le problème."

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