Dia : de Sarcelles aux States

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Mohammed Dia bouscule l'univers du «street style». Ce jeune créateur né au Mali il y a 28 ans, «smicard» à Sarcelles jusqu'en 1999, joue au «boss» depuis qu'il a placardé son nom sur des sweats. Portées par ses amis de Sarcelles - parmi lesquels Doc Gyneco, Stomy Bugsy, Arsenik ou le Secteur - ses créations sont désormais partout dans les rues.

Il ne suffit pas d'être montré, même si c'est par toute star du rap digne de ce nom. Le hasard fait bien les choses : le styliste rencontre le patron d'Adventure Land, un fabricant et distributeur de vêtements ciblant les jeunes en Europe. Séduit par l'enthousiasme du jeune homme, Franck Kalfon entreprend d'aider Dia en 1999. Et un an plus tard, en 2000, les partenaires s'associent à JAJ, importateur de Schott en Europe, et ouvrent la première boutique Dia à Rouen.

LA BANLIEUE TUE LA BANLIEUE

Le premier T-shirt Dia se vend à 180.000 exemplaires dès 1999. Le styliste annonce une fortune personnelle de 300 000 € (12 millions de F) lors de son passage à l'émission Capital sur M 6, et affiche un chiffre d'affaires de 6,7 millions d'euros (270 millions de F) en mars 2001: quatre fois plus que les prévisions.

Les dents grincent. Le 18 avril 2001, dans le hall de l'immeuble de Sarcelles où vit sa mère, Mohamed Dia est atteint de deux coups de fusil dans le dos. Le jeune homme est très grièvement blessé. Depuis sa sortie de l'hôpital, il ne se montre pas, en France, sans son garde du corps. Pour lui les temps changent, et les amis aussi.

La success story du jeune Black de banlieue devenu businessman lasse Dia. Il récuse l'image d'une mode de banlieue et se dit fier de voir ses T-shirts portés «par la racaille ou dans le XVIe arrondissement parisien». On s'interroge.

Certains crient, par presse interposée, que Mohamed Dia a oublié d'où il venait en vendant ses sweats à 60 € (2 400 F). Lui, pourtant, parraine trois copains de Sarcelles et leur ligne de vêtements «Yoxe-one», et migre vers son Eldorado américain.

Fan de basket, Mohamed Dia a signé un accord de licence pour la France, le Benelux et l'Allemagne avec la NBA. Sous la ligne «NBA by Dia», il est le premier Européen à signer une exclusivité avec la ligue américaine de basket. Pour mieux se baigner de l'Amérique, Mohamed Dia décide de vivre là-bas.

Une consécration pour le jeune homme qui rêvait d'Amérique et dont la marque fait partie des 5 préférées des 15-25 ans dans un récent sondage. Un succès pressenti puisque l'idéogramme chinois qui symbolise sa marque signifie "promis à la victoire".

© La Libre Belgique 2001