Applications Entretien

Renaud Ronsse, chercheur dans le domaine de la robotique, est professeur à l’Ecole polytechnique de Louvain, et membre du Centre de recherche en mécatronique de l’UCL.

Le Japon apparaît à la pointe en matière de robotique, particulièrement humanoïde. Sommes-nous à la traîne dans ce domaine ?

Non, l’Europe n’est pas du tout à la traîne. Les priorités et les approches de cette robotique sont en fait différentes. En matière de robotique, les Japonais sont davantage attentifs à reproduire des "copies" humaines. En Europe, on ne va pas chercher par exemple à reproduire parfaitement le visage humain. Mais un chercheur japonais, a réussi à créer la tête d’un robot, à sa propre image, y compris les mimiques, si bien qu’il est presque impossible de les distinguer l’un de l’autre ! En Europe, on est beaucoup moins intéressés par cela, et davantage par la fabrication de robots fonctionnels. L’Europe est donc même à la pointe. L’institution européenne soutient la recherche dans ce domaine. En Europe, les financements visent surtout à ce que le robot puisse apporter un service ou puisse fonctionner dans des milieux hostiles à l’homme. En Belgique, nous n’avons pas une culture très grande en robotique industrielle, et cela a un impact sur la recherche en robotique de service. Mais nous travaillons en réseau avec d’autres universités européennes. On travaille ainsi à l’UCL sur une prothèse robotique de la jambe qui permettrait à une personne amputée de remarcher (projet CYBERLEGs). On peut dire que c’est un morceau d’humanoïde. Le robot est alors un dispositif d’assistance.

Le choix de l’aspect “humanoïde” d’un robot est-il toujours le plus efficace ?

C’est parfois le plus efficace, pas toujours ! Je vois deux applications phares pour les robots humanoïdes. La première est de remplacer l’homme dans des endroits où lui seul peut pénétrer, dans des contextes post-catastrophes, du type Fukushima. Si le robot a des roues au lieu de jambes, il sera bloqué par le moindre escalier. Il lui faudra des mains, pour manipuler des débris, une vanne Pour aller dans cet endroit contaminé, il est préférable que le corps ait la même morphologie que l’humain.

Et la deuxième application ?

C’est le robot humain tel qu’on le conçoit au Japon. Le robot compagnon qui vivrait avec l’homme côte à côte et fournirait des services. Et c’est plus facile s’il a une forme humaine. Il pourrait conduire la voiture, porter les courses, ou fournir des soins de base Mais cela soulève des questions éthiques. L’idée serait ainsi de mettre ces robots au service des plus fragilisés Veut-on que demain nos parents, nos grands-parents soient pris en charge par des robots au sein des maisons de retraites ? Ces questions éthiques ne doivent pas être mises de côté. Elles doivent être centrales dans le développement de telles applications.

Quel est l’état de la recherche ?

Sur le marché en Europe, il n’y a pas de robots humanoïdes qui peuvent être parfaitement autonome. En fait, il y a des tas de prototypes qui existent déjà dans les laboratoires. Mais le challenge d’un grand nombre de recherches en ce moment, c’est d’arriver à quitter l’environnement structuré, sécurisé, des labos, pour des environnements "non-structurés" où tout n’est pas programmable à l’avance. Que le robot soit capable de négocier les obstacles, se déplacer sur n’importe quels sols En matière de robots compagnons, on peut aussi par exemple épingler la difficulté des interactions sociales, qui sont le principe même du robot compagnon. En recherche, on n’y est pas encore. La question des émotions est fondamentale pour résoudre la question des interactions. Il y a donc des travaux qui essayent de comprendre le principe des émotions pour l’implémenter sur le robot.