A mi-chemin entre la prouesse technologique et la performance artistique, le 17e festival de musique acousmatique accueille les plus grandes figures d’un genre créé dans les années quarante par Pierre Schaeffer (1910-1995). Un artiste aux procédés très scientifiques, considéré par ses pairs comme le premier DJ du monde. Concrètement, la musique acousmatique se caractérise par le fait qu’elle ne peut être jouée que sur hauts parleurs et par sa forme désincarnée. Les sons ne doivent pas être figurés par un instrument ou un interprète, mais seulement reliés au public par le biais d’un orchestre d’amplificateurs disposés à la manière d’un ensemble symphonique. Un outil médiatique comme la radio peut ainsi être considéré comme acousmatique.

Depuis mercredi, cette musique dite "concrète" a pris ses quartiers aux abords de la place Flagey. Le soir même se tenait la finale du concours Métamorphoses, où huit œuvres originales ont été présentées. Dans la salle, près de 80 hauts parleurs sont suspendus par des fils lumineux, créant une ambiance tantôt futuriste tantôt inquiétante. L’animation visuelle, bien que réduite à son minimum, permet au spectateur de se projeter dans les différentes approches de la musique acousmatique. La première pièce, intitulée "A glass is not a glass", du Canadien Adam Basanta, a été spatialisée par la directrice artistique de l’événement, Annette Vande Gorne, figure emblématique du mouvement acousmatique en Belgique. Dos à la salle, jonglant sur une console de projection sonore, la compositrice avait des allures de pianiste classique façon Arthur Rubinstein. Basée sur des bruits de verre retexturés, l’œuvre provoque par instant une forme de malaise acoustique.

Evoluant chacune dans des sphères particulières, entre éléments sonores qui rappellent l’univers aquatique et des sonorités plus électroniques, les compositions s’enchaînent. "El Espejo de Alicia", œuvre de Federico Schumacher, fera prendre une dimension impressionnante à la scène en remplissant d’objets sonores chaque amplificateur. Tout en sobriété, "Portals", de l’Ecossais Graeme Truslove, apporte une touche très électro à la soirée. Sa composition, construite sur des mouvements sonores courts mais juxtaposés, fera vibrer la salle et remportera le prix du Jury. En décalage, le compositeur Julien Guillamat propose "De part et d’autre", un son de onze minutes trente qui reprend des signaux de voyage tels que les jingles des trains de la SCNF ou les conseils d’hôtesses de l’air avant le décollage d’un avion.

Ce samedi, à partir de 21h, Michel Chion va spatialiser ses œuvres. Cet auteur, qui a été l’élève de Pierre Schaeffer, interprétera "Le souffle court", composition de trente minutes façonnée en 2009. Une création qualifiable de sensorielle, qui mélange des sonorités naturelles. L’artiste français proposera également "La Terre", qui adapte en "concrète" des textes du Gustave Flaubert. La 17e édition du festival se clôturera dimanche par un concert célébrant les 20 ans du label acousmatique Empreintes Digitales.

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