France: le dilemme de l’UMP

Bernard Delattre, Correspondant à Paris Publié le - Mis à jour le

A l’une ou l’autre exception près (l’ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, ou la sénatrice et ex-ministre Chantal Jouanno), ils avaient toujours été très taiseux, les cadors de la droite sarkozyste rétifs à la "dérive droitière" de l’UMP, comme l’a fustigée lundi Jean-Pierre Raffarin.

Taiseux, d’abord, par crainte de déplaire à Nicolas Sarkozy, à l’origine de ce durcissement. Taiseux, tout autant, après la défaite sarkozyste à la présidentielle : les grandes explications avaient été reportées à l’après-législatives. Certains de ces ténors (Nathalie Kosciusko-Morizet, François Fillon ou Alain Juppé) étaient même revenus sur leurs positions antérieures, concernant la consigne de vote à donner par l’UMP en cas de duels au second tour entre candidats lepénistes et socialistes.

Mais les langues semblent se délier, depuis la défaite législative de l’UMP. Lourde défaite: quelque cent sièges perdus, et un score moins bon encore que celui des législatives de 1997, qui n’était déjà pas fameux.

"L’UMP n’a pas à aller braconner sur telle ou telle terre. A trop courir derrière le FN, on le crédibilise", a ainsi sermonné, lundi, l’ex-ministre François Baroin. "La dérive droitière a échoué", a estimé le sénateur Raffarin. "L’UMP doit clarifier ses valeurs", a exigé l’ex-Premier ministre Alain Juppé : "Quand certains de nos amis affirment se reconnaître dans les valeurs du FN, cela trouble notre électorat".

Le chef du gouvernement sortant, François Fillon, a prophétisé qu’il était "terminé le temps des illusions et des slogans" - sans préciser s’il parlait du PS ou de l’UMP. "Il faut une profonde remise en cause", a plaidé l’ex-ministre Xavier Bertrand. "Triste défaite, qui sanctionne la stratégie de droitisation", a jugé Chantal Jouanno. "Ce n’est pas mon point de vue", a réagi le n°1 de l’UMP, Jean-François Copé. Qui a récusé les critiques de ces opposants pour certains si soudainement loquaces.

Ces prises de position sur la ligne du parti dissimulent mal, bien sûr, de purs soucis carriéristes et luttes d’influences, la plupart de ces personnalités pouvant prétendre jouer un rôle dans la succession de Nicolas Sarkozy. Les hostilités entre candidats à la tête de l’UMP vont croître en intensité jusqu’à l’automne, moment où ce parti, en congrès - fratricide ? - choisira sa ligne et son prochain leader. Mais, déjà, la guerre de positions a débuté, entre caciques sarkozystes. L’illustreront, cette semaine, les luttes entre courants lors de la désignation du chef de file des députés sarkozystes.

Au-delà de ces querelles d’ambitions, l’écueil idéologique auquel est confronté l’UMP est réel. Car aucune des deux lignes possibles (durcissement ou recentrage) ne s’impose d’office.

Contre la "dérive droitière", les sondages montrant que six Français sur dix n’apprécient pas le renvoi dos à dos, comme l’a fait l’UMP, du FN et du PS. De même que 39 % des électeurs sarkozystes : pas une minorité négligeable. En outre, ont été battus dimanche à la fois des emblèmes de la droitisation de l’UMP (les ex-ministres Morano ou Guéant, par exemple), et la moitié des candidats de l’aile la plus à droite de l’UMP. Enfin, l’entreprise sarkozyste de séduction des électeurs FN n’a pas empêché 51 % des frontistes de soit s’abstenir au second tour (43 %), soit voter à gauche (8 %).

A l’inverse, les tenants d’une droite plus dure invoquent le soutien que cette ligne recueille chez six électeurs sarkozystes sur dix. Ils mettent en avant la droitisation de l’électorat au sens large : enracinement du FN, chute du centrisme, etc. Et en déduisent que, si l’UMP ne s’était pas elle-même droitisée, elle n’aurait pas bénéficié de 49 % des reports de voix lepénistes. Et aurait donc subi une plus lourde défaite encore.

C’est ce que pensait Nicolas Sarkozy. Selon des échos convergents, le soir du premier tour présidentiel, constatant que François Hollande l’avait devancé, il s’exclama : "Et dire que certains me conseillaient de faire campagne au centre ! Je les aurais suivis, Marine Le Pen aurait été à ma place au second tour".

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