J’attends, dit-il, [ ] n’importe quoi pourvu que ce soit filial." Celui qui prononce ces mots, David, s’adresse à celui qui lui donna la vie, jadis, et qui, aujourd’hui, n’est plus son "petit papa". David est "le genre de père qui visite le Futuroscope le jour de la mort de son père", et dont le fils ne comprend pas qu’il ne pleure pas.

Antoine Laubin, qui anime le Collectif De Facto, en résidence à L’L, et est par ailleurs membre du comité de rédaction d’ "Alternatives théâtrales", signe l’adaptation (avec Thomas Depryck) et la mise en scène du roman "Les Langues paternelles". Une multiplicité de langages fourmille sous ce titre pluriel, en même temps que la filiation, la transmission, le rejet d’une partie de son histoire, l’acceptation aussi, ce "drôle de petit malheur de ne pas être comme les autres", de quoi on souffre et de quoi on se réjouit, enfant, et pourquoi on décide à son tour - ou pas - de fonder une famille, qui aura ses propres démons, ses vices cachés, ses torrents de bonne volonté.

L’auteur, David Serge, est aussi le personnage principal de ce roman. Et se nomme au civil Daniel Schneidermann, journaliste au "Monde" puis chroniqueur à "Libération", et décrypteur des médias dans l’émission "Arrêt sur images". Sa langue est fine et frondeuse, élégante, précise, vive ; elle frôle souvent la musique, elle charrie l’émotion. Trois acteurs se la partagent sur un plateau incliné qui est aussi une page, progressivement chargée de mots, phrases, ponctuation. Hervé Piron, Renaud Van Camp et Vincent Sornaga quittent vite leurs rôles pour voyager dans la parole, dans la mémoire, dans la projection, entre père, fils et enfant. C’est drôle et juste, c’est parfois déchirant, ça respire et ça tord. Une vraie découverte.

Bruxelles, Centre culturel Jacques Franck, jusqu’au 16 décembre à 20h30. Durée : 1h10 env. De 7 à 10 €. Infos & rés. : 02.538.90.20, www.ccjacquesfranck.be

Également, le 4 février, au Vrak Festival programmé par L’L (www.llasbl.be).