INDÉPENDANCE

La commune de Genappe se lance dans un défi encore peu banal : devenir, entre 2020 et 2050, la première commune belge produisant 100 % de sa consommation d’énergie grâce aux sources d’énergies renouvelables. Au programme : exploitation de la filière bois, aides aux agriculteurs vers la bio-méthanisation, sensibilisation à l’énergie solaire, etc. Genappe doit avant tout étudier le potentiel urbanisable de son territoire et ses capacités agricoles et d’énergies renouvelables. D’autres éléments sont cruciaux pour rendre l’initiative réaliste, au premier rang desquels la volonté politique.

A Genappe, elle est incarnée par Jean-François Mitsch, initiateur du projet et élu socialiste de la commune, dans l’opposition face à une majorité absolue MR. Si le projet ‘Genappe 2020-2050’ a pris un léger retard, Jean-François Mitsch l’assure, "le rythme de mise en œuvre peut se maintenir". La phase 1 prendra son envol dès que les outils de planification de la Région wallonne seront disponibles. "L’idée, c’est que les entreprises privées se contentent d’un rôle de coordinateur de chantier tandis que les pouvoirs publics prendraient la place du maître d’œuvre pour garantir à tous un accès à l’énergie. Ce sont les intercommunales qui devraient pouvoir jouer ce rôle de relais, mais pour cela il faut une prise de conscience. C’est sans doute la crise qui va nous pousser à travailler tous dans la même direction."

Autre argument infaillible pour s’assurer le soutien de la population : l’apport économique. "On touche tout le monde quand on aborde la question des économies possibles sur vos factures d’électricité alors qu’on atteint à peine 20 % des gens si on parle des enjeux environnementaux" explique Jean-François Mitsch. Camille Gira, bourgmestre de Beckerich, commune grand-ducale lancée dans un processus similaire depuis plus de 20 ans, confirme : "Le volet ‘énergie/climat’ ne doit pas être isolé du reste. Chez nous, l’ambition est née d’une crise économique profonde dans les années 70". Or, l’apport économique d’une initiative de ce genre ne serait pas négligeable pour Genappe. "Notre centre-ville est moribond" estime Jean-François Mitsch. Et de citer la fermeture de la sucrerie en 2004 et les centres périurbains portant préjudice aux petits commerces. "Nous ne voulons pas le retour à la bougie, mais il faut retrouver la qualité de vie du passé en intégrant les outils de la modernité". Il estime que les perspectives d’avenir pour Genappe sont bonnes : le potentiel est là pour devenir un exportateur net, c’est-à-dire une commune qui produit plus qu’elle ne consomme. "Cela signifie création de valeur ajoutée, d’emplois et donc de richesses locales" conclut-il avant de reconnaître un blocage qui reste, selon lui, crucial : "Produire 80 % d’énergie renouvelable, ce n’est pas trop difficile, mais les 20 % restant nécessitent un grand changement de comportement et c’est cela qui sera le plus difficile : on nous apprend à consommer depuis tout petit. On apprend aux enfants qu’un cadeau sans emballage, ce n’est pas un cadeau Il va falloir faire passer le message, et ré-enchanter l’imaginaire : que les gens rêvent ensemble et osent imaginer, par exemple, qu’un Genappe sans voiture est non seulement possible, mais surtout moderne !"