Programmateur à l’Espace Senghor (centre culturel d’Etterbeek), Thierry Noville est spécialiste des musiques du monde. Fabienne Verstraeten, la directrice des Halles de Schaerbeek, qui avait déjà travaillé avec lui pour le festival Masarat, centré sur la Palestine, l’a recontacté afin qu’il lui propose quelques spectacles de musique non classique susceptibles d’apparaître à l’affiche de Daba Maroc. Tout cela en tenant compte du fait que la 5e édition du festival "Expressions urbaines", consacré à la scène hip hop, intégrait, exceptionnellement cette année, Daba Maroc. Ce volet hip hop - entre les mains d’une autre organisation - s’est tenu le dernier week-end de septembre.

Pour le reste, la ligne de conduite de l’affiche "musiques" a été d’essayer de faire écho au foisonnement culturel du Maroc. La soirée d’ouverture de ce 3 octobre étant, à cet égard, emblématique : les cultures judéo-marocaine, andalouse et berbère se côtoient. "Le Maroc n’est pas un bloc monolithique", relève notre interlocuteur qui insiste également sur le fait qu’il s’est tourné vers des spectacles où "tant la communauté maghrébine que le tout public pouvaient trouver un intérêt", ceci en tenant compte du fait que les concerts seraient susceptibles de tourner en Wallonie.

En réalisant sa sélection, Thierry Noville s’en est tenu à une certaine exigence de qualité sans pour autant opérer des choix trop pointus - qu’il n’hésite cependant pas à programmer dans la saison du Senghor. "Au Maroc, l’équivalent de la Star Academy fait des audiences énormes. Si on proposait ce type de musique, une espèce de r’n’b marocaine, on remplirait les salles, mais cela ne nous intéresse pas, ce n’est porteur d’aucune valeur en soi."

Il a aussi voulu faire écho à ce qui se passe tant au Maroc que dans la diaspora. L’on retrouve ainsi Aziz Sahmaoui, basé à Paris, et Khalid Izri, qui vit depuis plus de 10 ans en Belgique. "Aussi étonnant que cela puisse paraître, quand ce dernier se produit au Maroc, il joue dans des stades, devant 10 000 personnes !" relève Thierry Noville. Aziz Sahmaoui, lui, a participé à l’aventure de l’Orchestre national de Barbès, "un projet assez connu, pas mal diffusé". Il a aussi travaillé dans le jazz, avec Joe Zawinul. "Par rapport à la programmation Daba Maroc, ce qui est intéressant, c’est qu’il a vraiment fait une espèce de melting pot entre la musique gnawa et la musique berbère. Le projet d’Aziz est peut-être le projet le plus rock. Il tient compte d’une certaine énergie qu’on peut retrouver dans les projets pop rock ici - le line-up comprenant des guitares, batterie, basse "

À épingler, également, le melhoun, un style pratiqué par Touria Hadraoui. "Touria est la première femme à avoir abordé cette musique très populaire, qui, en même temps, a l’air très raffinée. Une musique comportant beaucoup de codes, chantée en arabe dialectal et non pas en arabe classique. Ce sont des chants d’amour. Typiquement le genre de musique qu’on voit à la télé pendant le mois du ramadan. Donc toutes les familles maghrébines ont un rapport assez fort avec cette musique parce qu’elle nourrit l’imaginaire avec une poésie amoureuse."