Avant de pénétrer dans la salle - dite le Labo - sous les combles du Marni, on découvre, dans une sorte d’antichambre au sol couvert de tapis, des photos encadrées, un lampadaire improbable et une table couverte de magazines, dépliants et autres revues historiques britanniques.

Les conceptrices, auteurs et actrices de ce projet vont naviguer entre enquête historique et fabulation poétique, entre conférence et théâtre. C’est une pièce hybride que vient de créer la compagnie Oh My God. Une pièce faite de continuels va-et-vient entre les genres, les incarnations, les incantations. Lula Béry et Barbara Sylvain se sont donc penchées sur deux destins indissociables et pourtant distincts, deux personnalités dont le parcours fit couler l’encre autant que le sang.

Deux cousines, rivales et reines. Marie Stuart hérita du trône d’Ecosse, épousa celui de France dont elle fut veuve à 18 ans. Condamnée à mort, elle sera décapitée à 45 ans. Elizabeth Tudor, déclarée enfant illégitime à 3 ans, sera enfermée à la Tour de Londres à 21 et couronnée reine d’Angleterre à 25, pour régner jusqu’à sa mort, à 70 ans. C’est elle qui, après avoir été à l’origine d’une captivité de vingt ans, ordonnera l’exécution de Marie.

Rien n’est plus parlant qu’un exposé bien illustré, aussi les deux oratrices commencent-elles par planter le décor de ce XVIe siècle où la Terre n’est plus le centre de l’univers, où l’imprimerie fait avancer et circuler les connaissances, où du Moyen Age on glisse vers les Temps modernes. L’époque de la Renaissance est celle des extrêmes, ce dont Marie et Elizabeth témoigneront avec intensité. Carte d’Europe en ce temps-là, généalogie schématisée sur tableau noir, portraits des protagonistes sur les étuis de raquettes de badminton : le ton est donné, documenté mais décalé. Quant à Lula et Barbara, s’offrant parfois une pause thé (ou whisky, ou gin), elles endossent les rôles, les échangent, les accessoirisent, voire se les lancent à la figure. Souvent on frise la mise en abyme dans ce brouillage de cartes, cette relation ambivalente où se mêlent présentation et représentation, vrai et faux, burlesque et tragédie, noblesse et ridicule, identités partagées et frontières floues.

"It’s So Nice", malgré quelques longueurs, offre un voyage délicieux et instructif dans les zones troubles du pouvoir et de la solitude tout en développant un théâtre fait de jeu, de mouvement, de sons, d’images - et d’une bonne rasade d’autodérision.

Bruxelles, Marni (Labo), du 25 au 29 octobre à 20 h (jeudi à 19h30). Durée : 1h20 env. De 9 à 12 €. Infos&rés. : 02.639.09.82, www.theatremarni.com

En tournée à l’Eden de Charleroi du 15 au 17 février 2012 et à la Maison de la culture de Tournai le 19 avril.