Entretien

Ancien détenu, condamné aux travaux forcés à perpétuité pour meurtre, Jean-Marc Mahy s’est réinséré dans la société.

Depuis six ans, vous témoignez, dans les écoles, les prisons ou sur scène. Quel message voulez-vous transmettre ?

Je ne veux pas me poser en victime mais je veux que les jeunes connaissent l’horreur de la prison et ne commettent pas d’actes qui les amèneraient derrière les barreaux. Quand je suis arrivé en prison, j’ai vu cette phrase : "vous pouvez trouver de tout ici sauf de l’aide". C’est elle qui m’a aidée. J’ai su que je ne pourrais compter que sur moi.

Est-il difficile de jouer votre histoire ?

Oui. Surtout lorsque je parle des trois ans d’isolement durant lesquels j’ai essayé de me suicider deux fois. En isolement, on fait tout pour vous pousser au suicide. La solitude, les fouilles corporelles plusieurs fois par jour, le manque de sommeil, l’humiliation En haute sécurité, tout est attaché au sol. En isolement aussi, sauf la chaise, ce qui vous permet de vous pendre. Moi, c’était avec le fil de ma radio, mais il a cassé. Mon plus gros choc, je l’ai eu à mon procès, le 5 décembre 1988 quand une petite fille s’est approchée de moi et que j’ai appris que son père, c’était le gendarme que j’avais tué. Là, j’ai compris la différence entre le regret et le remords.

Quel est votre rêve aujourd’hui ?

Depuis que je suis sorti, j’ai suivi une formation d’éducateur. J’ai tenu la prison de Tongres, transformée en musée. Trois cent mille personnes sont venues la visiter. Ce musée est fermé maintenant. J’ai été engagé à tiers-temps par la Communauté française pour un contrat d’un an pour travailler dans les sections fermées des IPPJ, mais mon rêve absolu est de diriger une prison pédagogique.