JMJ: "Une ambiance du diable !"

Paco Audije Publié le - Mis à jour le

Reportage Correspondant à Madrid

La ville est prête. Nous sommes une capitale qui sait très bien s’adapter aux grands événements de ce type" , a déclaré optimiste le bourgmestre (droite) de Madrid, Alberto R. Gallardón. Des dizaines de milliers de pèlerins parcourent déjà les rues de la capitale, banderoles en mains et chants à la bouche. Les organisateurs des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), qui s’ouvrent ce mardi jusqu’à dimanche, s’attendent à plus d’un million de participants.

Les jeunes arrivent de tous les pays pour attendre Benoît XVI, qui arrivera à Madrid ce jeudi. "La plupart des Belges sont arrivés lundi matin. Ils sont passés par d’autres coins d’Espagne. Il y en avait à Léon, à Ciudad Rodrigo, en Catalogne. A Tarragone, comme ailleurs, ils ont participé à la messe pendant la nuit. Quinze mille personnes au total. Il parait qu’il y avait une ambiance de feu", explique Claire Jonard, impliquée dans l’accueil des participants. "Le quartier général francophone est placé dans la paroisse de Saint-Louis des Français." Les Belges partagent ce QG au centre de Madrid avec les Français. Autour de 1600 jeunes en provenance de Belgique, francophones et néerlandophones, seront présents aux JMJ. L’accueil se fait dans les paroisses, mais aussi dans des écoles, les centres de sport ou à l’IFEMA, un immense centre des congrès près de l’aéroport. Quelques milliers seront logés par des familles catholiques de Madrid.

Mais les restrictions de trafic, les déviations de lignes de bus, le coût de l’événement, les objectifs du Vatican font aussi l’objet d’une forte polémique. Malgré son optimisme affiché, le bourgmestre madrilène (croyant lui-même) est préoccupé : des organisations laïques, anticléricales, des groupes de curés dissidents, des petits partis de gauche et Izquierda Unida (seul parti parlementaire à se situer de ce côté) appellent à une grande mobilisation des "anti-Pape". La mobilisation des indignés leur sert de base militante. Le gouvernement avait, en principe, mis son veto à l’appel à une grande manifestation prévue à la veille de l’arrivée de Benoît XVI. Trois parcours avait été refusé, mais les "anti- Pape" se sont dits décidés à marcher avec ou sans autorisation. Le préfet (socialiste) a finalement autorisé un parcours qui traverse la très symbolique Puerta del Sol. Ce sera le mercredi. Délicat.

Autre sujet de tension, le fait que les pèlerins aient droit à un titre de transport pour Madrid et sa banlieue. Le Consortium régional des transports a conclu cet accord avec les JMJ, mais la remise de prix offerte aux pèlerins coïncide avec une augmentation des billets pour les autochtones. Et beaucoup ont hurlé. "C’est une chance pour Madrid, pour tous les catholiques. C’est aussi bon pour l’économie de notre pays. Si nous examinons les revenus et les frais, je crois que cela ne représente aucun coût pour l’Etat", a réagi le ministre José Blanco (socialiste). Les "anti-Pape" parlent, eux, de "100 millions d’euros payés par l’administration régionale et locale, plus le gouvernement central et les grandes entreprises". L’appel à un renforcement des services de transport a été aussi à l’origine d’un appel à la grève, annulé ultérieurement, de la part du syndicat UGT (socialiste) dans le métro de Madrid. Dans cette ambiance, le bourgmestre Gallardón a critiqué l’autorisation finale de la manifestation des groupes contraires aux JMJ. Pour lui, "ni les dates, ni le lieu" ne sont acceptables.

Les moments clés de ces JMJ seront la bienvenue (jeudi) à Benoît XVI, sur la place Cibeles, le cœur de la capitale; le chemin de croix qui doit se dérouler vendredi dans la Castellane, colonne vertébrale de Madrid; la messe à l’aérodrome de Cuatro Vientos, dans la banlieue de Madrid, où l’on a préparé l’espace pour plus d’un million de personnes; et la rencontre de Benoît XVI à l’IFEMA avec les volontaires des JMJ. Les deux grands stades de foot, celui du Réal Madrid et celui de l’Atletico seront utilisés. Deux cents confessionnaux d’un style novateur, qui rappelle le chapeau des cardinaux, sont installés dans le beau parc du Retiro qui côtoie le musée du Prado.

"Tous les évêques de Belgique, mêmes les évêques auxiliaires, seront à Madrid, sauf monseigneur Aloys Jousten, de l’évêché de Liège", nous informe Claire Jonard.

Une enquête publiée la semaine dernière montre qu’environ 72 % des Espagnols se déclarent catholiques, mais ce pourcentage tombe à 56 % chez les jeunes. C’est bien un objectif du Vatican : une certaine reconquête de l’Espagne. Alice Tilleul, 17 ans, sur le site de JMJ-Belgique, parle "des grands moments pendant les célébrations". Son résumé de l’ambiance est percutant : "Il y a une ambiance du diable !".

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