"Le vilain dans la jungle urbaine"

Humeur.

Prendre la défense de l’automobiliste, c’est courir le risque d’incarner le vilain dans la jungle urbaine. Pourtant, agressé de toutes parts, il mérite d’être défendu. On avait déjà réduit son espace vital en amputant les grandes artères de moitié pour offrir des sites propres à des bus ou des trams qui passent de temps en temps (quand ils ne sont pas en grève). On avait tenté de le chasser du centre-ville en supprimant des places de parking déjà insuffisantes (si on les y avait remplacées par des fontaines, des espaces verts ou des plaines de jeux, on s’en consolerait, mais telle n’est pas souvent l’intention).

Et quand, enfin, l’intrus s’est résolu à fuir, on dispose sur son chemin des radars mobiles, radars qui, tout en mobilisant camion, grue, voitures de police et effectif pléthorique, provoquent des embouteillages monstres quand une Autorité illuminée décide de les déplacer (dans le respect, somme toute, de la nature profonde d’un objet mobile). Et voilà maintenant qu’on lui met, à l’automobiliste, des cyclistes dans les roues! Il est vrai qu’il n’y a rien de plus facile, pour se montrer sympa, branché et politiquement correct, que de tracer des pointillés sur la voirie, d’y dessiner des petits vélos, et de décréter qu’on a ainsi créé vingt kilomètres de pistes cyclables.

Dès lors qu’on baigne dans la fantaisie, pourquoi s’arrêter en si bon chemin? Il n’y a qu’à autoriser les cyclistes à faire tout ce qui est refusé aux autres usagers de la route: emprunter les sens interdits, par exemple. Et tant qu’on y est, pourquoi ne pas donner aux cyclistes une priorité absolue, que certains d’entre eux interpréteront comme un droit d’utilisation exclusive, ou, à tout le moins, comme le privilège de forcer les voitures à suivre au pas en pédalant peinard au beau milieu de la chaussée? Fiction? Pas sur les voies latérales de l’avenue Louise, en tout cas, là où l’imprudence et la démagogie ont atteint des sommets inégalés.