Entretien à Lyon

Ces dernières années, le dessinateur belge Benoît Féroumont s’est fait connaître avec sa série de bandes dessinées "Le Royaume" (Dupuis). Il avait auparavant signé "Wondertown" avec Fabien Vehlmann (chez Dupuis également). Rares sont ses lecteurs qui savent que le dessinateur a une formation en cinéma d’animation. Il s’était fait remarquer avec deux courts métrages, "Bzz !" (2001), en animation 2D, et "Dji vou veu volti" (2007), une comédie musicale moyenâgeuse en images de synthèse et en wallon. Dans la foulée, l’auteur annonçait avec ses producteurs "La Parti Production" la mise en chantier d’un long métrage, "Macrâles" - référence aux sorcières de nos Ardennes. Et puis plus rien.

"Je me suis retrouvé coincé sur le scénario et le développement graphique, reconnaît le réalisateur. J’avais le concept mais je ne parvenais pas à le mettre au point. J’ai d’abord écrit seul. Puis Sergio Honorez (ex-Snul et directeur éditorial chez Dupuis) est intervenu. Puis j’ai essayé avec Fabien Vehlmann. Puis Fabien a essayé seul. Mais on n’arrivait à rien..." Au point qu’il y a un an, l’auteur en était arrivé à considérer le projet comme mort. Jusqu’à ce qu’Eric Gossens, patron de Walking the Dog - qui a une longue relation de travail avec Féroumont - remette de l’argent de sa poche pour un nouveau développement. Le scénario s’est finalisé à quatre mains avec Fabien Vehlmann, sous la supervision avisée de Guillaume Malandrin, producteur au sein de La Parti. Vendredi dernier, ce dernier et Benoît Féroumont ont présenté au Cartoon Movie, à Lyon, le scénario définitif de ce qui s’intitule désormais "Majorettes !", "comédie d’aventure pétillante et drôle". Lucy, douze ans, vit à Marche-en-Flamèche. Dans cette petite ville nichée au creux d’une vallée boisée, les habitants passent l’année à préparer le concours de majorettes. Le copain de Lucy s’appelle Georges, un garçon pas très drôle toujours les lunettes dans des bouquins de sorcellerie et qui, à douze ans, a lu tout Proust (mais préfère Zola). Lucy, elle, est moins intello. Elle a envie de s’amuser. Un jour, elle rencontre un joli garçon, qui lui offre une crème de beauté aux vertus magiques et qui l’invite à rejoindre sa "bande". Au terme d’une nuit folle, où elle met Marche-en-Flamèche sens dessus dessous, la jeune fille se métamorphose

Cette audacieuse métaphore de la découverte de la sexualité par une adolescente arrivant à un âge charnière évoque la double lecture qu’offrent les films d’un Miyazaki. Comme ce dernier, Benoît Féroumont fait aussi le pari d’ancrer son récit dans un folklore qui lui est propre (l’auteur est né à Aye). "Majorettes !" pourrait aussi toucher un public délicat : dans la tranche des dix-douze ans, les évolutions d’un ado à l’autre sont parfois tellement différentes que les uns trouvent mièvres certains films quand les autres ne sont pas encore à même de comprendre les nuances thématiques d’autres. Dernier crédit à mettre à l’actif du réalisateur : proposer un long métrage avec une héroïne féminine - parti pris encore rare.

Un autre facteur décisif dans l’avancée du projet a été la rencontre avec Kerascoët, alias le tandem d’auteurs de bande dessinée Marie Pommepuy et Sébastien Cosset (qui ont signé la remarquable série "Miss Pas Touche" chez Poisson-Pilote et "Jolies ténèbres"). "Je m’étais retrouvé complètement bloqué graphiquement. Ce qui m’avait perturbé parce que ça ne m’était jamais arrivé. Mais suite à la publication du "Royaume", mon égo de dessinateur a été satisfait et cela m’a permis d’envisager de confier le bébé du long métrage à quelqu’un d’autre." Et Kerascoët, qui a déjà travaillé avec Joann Sfar sur la série d’animation "Petit Vampire" et sur des clips animés pour Thomas Fersen, a fait merveille. "Marie et Sébastien comprennent l’animation et ils ont un regard pointu. Je leur ai décrit ma vision de la ville, des personnages, de l’univers. Eux sont partis de là et ont été chercher plein de documentation ou de références un peu partout. Et ils sont revenus avec des dessins, des décors, des recherches très fouillées." Dernière évolution, le projet a évolué d’une animation en 2D traditionnelle vers un concept en 3D. "Je connais la 3D. Je l’ai pratiquée sur "Dji Vou Veu Volti". Elle me permet d’envisager des mouvements de caméra, une mise en scène dynamique et de faire une utilisation complexe des lumières."

A charge maintenant pour Benoît Féroumont et ses producteurs de réunir les 6 à 7 millions d’euros nécessaires au projet qui, si tout va bien, pourrait entrer en production début 2012. C’est que l’animation ne se fait pas d’un coup de baguette magique