Al’approche de l’hiver, une question brûle les lèvres : doit-on craindre la fermeture des stations de ski ? Conséquence du réchauffement climatique, les glaciers alpins ont perdu environ un tiers de leur surface en un siècle et les scientifiques tablent sur leur fonte totale d’ici 2100. A coups de canons à neige, les stations de sports d’hiver tentent de voiler le problème, offrant aux skieurs de belles surfaces blanches plutôt qu’une marée de boue. Mais la neige artificielle, qui engloutit 4000 m3 d’eau pour enneiger un hectare, n’est qu’un pansement pour une blessure qui promet d’être bien plus profonde. "Le tourisme alpin est à la fois une cause du réchauffement climatique et un secteur fortement affecté par les changements de température, souligne Marianna Elmi, spécialiste en tourisme durable au centre de recherche européen Eurac. "Mais dans les stations italiennes où je viens d’achever une enquête, la question du climat n’est toujours pas prise en compte par les gouvernements locaux, déplore la doctorante. On m’a même répondu que c’était trop tôt !"

Un constat qui est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté montagnarde qui s’est réunie autour de ces questions la semaine dernière dans le cadre de l’"International Mountain Summit" dans le Tyrol du Sud, en Italie. "La conscience environnementale a énormément évolué ces dernières années, explique le géologue Volkmar Mair, un des nombreux chercheurs qui participe au cycle de conférence annuel. "La preuve, nous nous réunissons pour parler du réchauffement climatique cette année. Mais le changement a déjà commencé et l’être humain n’aura pas d’autre choix que de s’adapter, poursuit ce spécialiste du permafrost, dont la fonte est l’une des conséquences visibles du réchauffement climatique.

"Avec les températures qui augmentent, l’eau gelée qui enserre les roches fond, ce qui provoque des chutes de pierres de plus en plus importantes au point de modifier profondément le paysage alpin. Certaines voies qui étaient empruntées par les grimpeurs, les skieurs ou les marcheurs sont devenues impraticables car beaucoup trop dangereuses, poursuit Volkmar Mair.

L’arc alpin est particulièrement menacé. D’après les chiffres de l’OCDE, le réchauffement récent y a été près de trois fois supérieur à la moyenne mondiale et la quantité de neige y a baissé de 30 % en trente ans. Dans cette région comme dans l’ensemble des stations de basse altitude particulièrement touchées par le réchauffement climatique, l’inquiétude face à l’avenir est aussi un moteur à l’innovation. Pour continuer à attirer les touristes, les prestations se diversifient, ouvrant la voie à un renouvellement en profondeur du modèle de développement des stations.

Parmi ces stratégies locales, l’agrotourisme rafle la plus grande part du marché. "Proposer des produits de la ferme, des événements traditionnels, des routes thématiques ou des dégustations de fromage et de vin représente une réelle alternative touristique en montagne, explique Thomas Streifeneder, chercheur à l’Eurac. En Autriche, mais aussi en Italie, en Suisse et en France, l’offre devient de plus en plus importante. Bien sûr, cela demande de la créativité, des fonds, des chambres disponibles, de l’organisation, du temps mais si l’on acquiert tout cela, l’agrotourisme peut vraiment créer de l’emploi et des revenus supplémentaires, ajoute le spécialiste, qui cite plusieurs initiatives innovantes synonymes de succès. "En Suisse, des fermiers vous proposent même un logement trois étoiles dans des fûts en bois suspendus à la verticale !" poursuit Thomas Streifeneder.

Pour survivre, il faut donc développer de nouvelles niches d’activité adaptées à une clientèle de plus en plus écolo "en recherche d’authenticité", observe François Vellas, professeur en Économie du tourisme à l’Université de Toulouse. Certains acteurs du tourisme alpin l’ont compris. "Pour attirer les touristes en France, certains n’ont pas hésité à reconstruire leurs villages avec des vieilles pierres pour leur donner un côté moyenâgeux, sourit François Vellas. Ceux-là ont tout compris aux règles du marketing car en réalité, ces villages ne sont pas plus anciens que vous et moi."