Vers 1875, l’abbaye bénédictine de Beuron (près de Sigmaringen) créa un mouvement artistique qui visait à renouveler l’art chrétien. Plusieurs moines de la communauté avaient été des artistes avant d’entrer en religion. C’était notamment le cas de Peter Lenz, un Allemand né en 1832, qui avait reçu une éducation artistique approfondie en peinture comme en architecture avant d’être admis comme oblat claustral à Beuron en 1872, et que les réalisations des Babyloniens, des Egyptiens et des Grecs fascinaient. Le cas également du Hollandais Jan Verkade, né en 1868, qui avait été membre des Nabis en France, avant de se convertir au catholicisme et d’entrer à Beuron.

Très vite, ces moines artistes se voient appelés à concevoir, construire, décorer églises, chapelles et couvents dans un esprit qui veut renouer avec l’art de l’Eglise primitive. On les trouve à l’œuvre aussi bien au Mont Cassin qu’à Vienne et à Prague, sans oublier l’abbaye de Maredsous, fondée en 1872 par l’abbaye de Beuron à l’initiative d’un jeune Belge, Hildebrand de Hemptine, qui y était entré comme novice quatre ans plus tôt. (Il sera abbé de Maredsous en 1890.)

Quels principes les guidaient-ils ?

1) Ils voulaient libérer l’art de l’emprise de la "nature", et le rendre majestueux, solennel, hiératique.

2) Plus fondamentalement, Lenz était obsédé par la recherche de formes géométriques et de rapports métriques reflétant selon lui l’ordre voulu par Dieu : il rejetait tout l’art après l’art roman.

3) Les moines artistes de Beuron travaillaient en équipe et dans un anonymat total.

La renommée de l’Ecole de Beuron crût rapidement, au point que les avant-gardistes de la Sécession viennoise l’invitèrent à leur exposition en 1905. Mais, de son côté, Joris- Karl Huysmans marquait, dans "La Cathedrale", les limites d’un mouvement qui, exigeant un rituel uniforme de couleurs et de lignes, forçait des tempéraments d’artistes à entrer dans le même moule.

Si, à Maredsous, cette esthétique fit l’objet d’un compromis, deux moines de Beuron s’en éloignèrent d’autant plus facilement qu’ils œuvrèrent longtemps loin de chez eux. Ce fut le cas, en particulier, de Dom Gresnicht (Utrecht, 1877), qui décora une église à Sao Paulo et l’église Saint-Anselme à New York, avant d’être appelé en Chine ou, entre 1926 et 1933, il conçut dans un esprit sinisant l’architecture de l’Université catholique de Pékin, "Furen" (elle abrite aujourd’hui une Ecole normale de l’Etat) et celle du Grand Séminaire de Hong Kong toujours en fonction.

A l’histoire peu connue de l’Ecole de Beuron, l’ambassadeur Felix Standaert, qui représenta notre pays au Rwanda, en Tunisie, en Grèce, en Suède et auprès du Saint-Siège, a consacré une fort intéressante monographie. Retraçant l’historique de sa fondation, établissant le répertoire de ses réalisations y compris au Brésil et en Chine, détaillant le parcours de ses principaux représentants, il arrache à l’oubli un mouvement dont l’échec même est instructif.

Une riche iconographie complète cet ouvrage qui comporte, soulignons-le, un large résumé en langue néerlandaise. Préfacé par le P. Bernard Lorent, abbé de Maredsous, le livre est publié par les éditions de la célèbre abbaye.

"L’Ecole de Beuron", Felix Standaert, 320 pp., 131 illustrations, Ed. de Maredsous, 11 rue de Maredsous, 5537 Denée, 35 € (+ frais d’envoi).