C’est devenu une heureuse habitude. Chaque été, Mons accueille City Sonic, le festival international des arts sonores, organisé par Philippe Franck (Transculture) avec Jean-Paul Dessy (Musiques nouvelles) et Anne-Laure Chamboissier, commissaire artistique associée. Cette année encore, des dizains d’artistes sonores montreront leurs œuvres sur des sites disséminés dans tout Mons. Il nous redonnent cet art de l’écoute, proposent "ces corps sonores qui viennent titiller, caresser les nôtres". "Nous devons parasiter tous ces bruits qui nous entourent, explique Philippe Franck, pour retrouver ce plaisir de l’écoute, nous interroger sur nos sens."

City Sonic est né en 2003, mais l’idée avait germé un an plus tôt à Bruges, alors capitale européenne de la culture. Philippe Franck et Jean-Paul Dessy y avaient admiré une installation musicale le long d’un canal, "Wave". Ils eurent l’idée, alors très originale, de créer un festival dans les rues de Mons, gratuit, où des artistes sonores investiraient des salles, des rues, des parcs. Un festival qui serait accompagné d’ateliers destinés aux enfants et de formations à l’écoute.

"On parle d’arts sonores, dit Philippe Franck, quand le matériau principal, au moins 50 % de l’œuvre, est du son. Mais un son qui résonne avec d’autres disciplines." En dix ans, il y eut entre 600 et 800 artistes invités à Mons ! De toutes formes. On a vu des hamacs confortables pour s’y installer avec des senseurs aux chevilles, aux poignets et sur la poitrine et un système de vibrations sonores qui venaient titiller tant notre peau que nos oreilles; un vélo musical que le visiteur enfourchait, créant des sons dans des tubes, et les modulant avec les manettes de son guidon; des formes métalliques à la manière de Chillida sur lesquelles le visiteur pouvait jouer; un vrai métier à tisser mais devenu musical; une tente de SDF qui diffusait des enregistrements pris le long des routes, etc.

Cette année, plusieurs artistes du début reviennent, comme Charlemagne Palestine qui investit la Machine à eau avec ses peluches et une mer de hauts-parleurs, et Jean-Paul Dessy bien sûr. "Nous avons chaque année des gens plus connus comme cette année, Baudoin Oosterlynck, dont on a vu récemment une belle rétrospective au Mac’s. Il investit la salle Saint Georges, Grand Place, avec cinq installations pleines de sculptures en verre et de stéthoscopes. On remplit aussi un rôle de défricheur en invitant des étudiants d’arts sonores de Mons, la Cambre, Bourges. Un tiers des artistes invités sont belges. Cette forme d’art est une ouverture vers un large public. 90 % du public de City Sonic vient d’abord pour découvrir la ville et s’initie en même temps à une autre forme d’art, parfois très ludique comme cet artiste qui fait de la musique avec des fruits, avec, par exemple, un chicon dans un saxo ! Nous essayons de créer des ponts entre des générations, entre des disciplines, de laisser tomber les a priori, de faire se croiser, s’interpénétrer, les disciplines."

Cette année, le parcours montois a lieu du 31-8 au 16-9. Mais City Sonic est aussi à Bruxelles, à l’Iselp (jusqu’au 15-10), autour du Français Julien Sirjacq qui a fait un travail sonore et plastique autour des archives de la musique contemporaine retrouvées dans les poubelles d’un grand chef d’orchestre. Au cinéma Galerie, "Sonic Cinema" mêlera son et cinéma du 27-9 au 14-10. Et la Biennale Dedale de Huy accueille une dizaine d’installations créées à Mons, entre le 7-9 et le 7-10. Philippe Franck prépare déjà 2013, et Mons 2015, avec des projets sonores dans les parcs (le "Wauxhall" à Mons). "Pour essayer de nouveaux espaces."

www.citysonic.be