Politique "Culture et Démocratie" a rédigé ses recommandations aux candidats aux élections.

Ala veille des élections, le monde culturel se mobilise pour ne pas que la culture soit oubliée. Dans certains pays, elle est fortement menacée (en Hongrie par les ultranationalistes, en Espagne, en Grèce et au Portugal par les coupes budgétaires).

Mardi soir, une soirée de solidarité s’est tenue au Toneelhuis d’Anvers au départ d’une pétition - www.pasennotrenom.be, qui a déjà réuni plus de 3 000 signataires - sous le titre "Sauvez la culture !" Des dizaines d’artistes sont intervenus (Caroline Lamarche, Jacques Delcuvellerie, Josse De Pauw, Mourade Zeguendi, Daan…). " En Europe", dit le texte, "l’asphyxie frappe l’art et la culture, considérés comme un ballast gênant qu’on jette par-dessus bord. La politique pratique des coupes dans les investissements culturels publics, sous prétexte que la culture n’est, après tout, qu’un luxe superflu. Comme si l’art et la culture n’appartenaient pas à tout le monde et comme s’ils n’étaient pas aussi indispensables que l’eau et l’énergie, aussi nécessaires que le pain."

Georges Steiner

L’association "Culture et Démocratie", créée il y a vingt ans au départ d’intellectuels, d’artistes, d’institutions culturelles et de mouvements associatifs, va dans le même sens dans les "recommandations" qu’elle publie à la veille du vote (sur www.cultureetdemocratie.be).

L’association, longtemps dirigée par Bernard Foccroulle, puis Georges Vercheval, et maintenant par Sabine de Ville, a pris cette belle phrase de Georges Steiner en exergue : " Les arts sont encore plus indispensables aux hommes et aux femmes que ce qu’il y a de meilleur dans la science et la technologie. Nous sommes un animal dont le souffle de vie est celui des rêves parlés, peints, sculptés et chantés. Il n’y a, ni ne saurait y avoir, de communauté sur terre, si rudimentaires que soient ses moyens matériels, sans musique, sans quelque forme d’art graphique, sans ces récits de remémoration imaginaire que nous appelons mythe et poésie."

"Culture et Démocratie" veut interpeller les mandataires politiques pour qu’"à l’heure où, pour de nombreux gouvernements européens dont le nôtre, la tentation est forte de soumettre les budgets culturels à des stagnations persistantes ou à des coupes drastiques, ils engagent et défendent des politiques culturelles audacieuses et ambitieuses".

Dans ce long texte, on peut lire aussi : "L’urgence de la reconnaissance, de la défense et de la consolidation du statut des professionnels de la culture : les créateurs sont souvent aux avant-postes, ils disent du monde ce que nous n’en savons pas encore. La place qui est - ou non - faite aux artistes témoigne de l’importance que le politique reconnaît - ou non - à la culture et à la création."

Les émergences

"Culture et Démocratie" demande aussi "un soutien affirmé aux émergences artistiques, à la jeune création, aux formes inédites et innovantes" et "souhaite que les professionnels de la culture et de la création accèdent à un statut qui leur permette de jouer pleinement leur rôle dans la cité".

La question culturelle, lit-on encore, doit se mesurer à l’aune des défis que nous posent "l’ébranlement des solidarités traditionnelles, la difficulté d’appréhender de manière positive et curieuse l’avènement d’une société multiculturelle, la fragilisation spectaculaire de couches entières" .

Dans le champ économique aussi, "la culture et la création sont, dans les zones urbaines ou rurales, des accélérateurs économiques puissants. Pour cette raison aussi, mais pas seulement, les musées, les théâtres, les cinémas, les centres d’art, les institutions musicales, les lieux d’expression et de création doivent être soutenus et stimulés, en particulier là où la crise a fait le plus de dégâts".