Marie-Madeleine Arnold-Gulikers n’a vécu que 12 ans au Congo, de 1948 à 1960 mais à l’entendre évoquer ces années-là, il n’y a pas un fifrelin de doute qu’elles furent parmi les plus belles de son existence !

C’est que celle qui est aujourd’hui la doyenne des journalistes belges y participa à une belle aventure éditoriale avec son époux Max Arnold, à la fois imprimeur et journaliste lui aussi.

"Nous avions lancé un journal littéraire à Liège, qui avait pour nom l’Horizon nouveau, avec la collaboration d’auteurs réputés comme Plisnier ou Tousseul. Au lendemain de la guerre en découvrant les intentions expansionnistes de Staline, nous n’avions pas vraiment envie de revivre la guerre et nous nous sommes enquis des possibilités de nous installer dans la colonie "

Cap fut donc mis sur Bukavu où la famille Arnold put juger de la grande solidarité des coloniaux tout en préparant son intégration, celle-ci étant encore ponctuée par la naissance d’un troisième fils !

"L’imprimerie a démarré en 1952 et un an plus tard, nous lancions La Presse africaine avec une noria de collaborateurs locaux issus du monde de l’enseignement, du commerce ou des services publics. Avec aussi des correspondants belges comme par exemple Fernand Colleye. C’était une belle équipe de gens intelligents "

Très vite, "La Presse africaine" qui avait la réputation d’être progressiste prit sa place dans le monde local des médias et donna aussi la place qu’il fallait aux aspirations indépendantistes. "Nous n’y étions pas hostiles mais alors de manière plus progressive. Le plan Van Bilsen sur trente ans nous semblait bien. Le problème est que l’on n’avait pas formé de cadres, qu’il n’y avait pas d’universitaires congolais. Depuis le Congo, nous avons été nombreux à sensibiliser la métropole à cet aspect mais on ne nous a pas écoutés. Pas plus qu’on n’ait songé à demander aux experts à participer aux tables rondes Et le pays a fini par imploser "

Un des grands souvenirs de Marie-Madeleine Arnold fut, sans conteste, l’interview accordée par Patrice Lumumba à son hebdomadaire dans son numéro du 13 mars 1960.

"Lumumba était venu chez nous. Nous l’avions accueilli à l’aéroport puis à notre table . Il avait déjà eu des problèmes mais ils n’étaient pas définitifs. A ce moment précis, il ne voulait pas le départ des Belges mais il a été très mal conseillé, influencé par les Russes mais aussi par Jean Van Lierde."

Marie-Madeleine Arnold déplore dès lors que le discours du 30 juin ait en quelque sorte signé l’arrêt de mort de l’aventure belge au Congo alors qu’il eût été possible de continuer à travailler ensemble dans le respect mutuel.

"Les agents territoriaux ont été extraordinaires avec la population tout comme on a eu des médecins vraiment exceptionnels Bon, je pense qu’en ces temps de commémoration, il faut bien avoir à l’esprit que tous les Blancs n’étaient pas blancs pas plus que tous les Noirs étaient tous noirs. Mais il y avait une certaine symbiose. Chez nous à l’imprimerie, il y avait des échanges continus et nous avons formé d’excellents typographes et linotypiste qui ont pu à leur tour transmettre ce que nous leur avons appris".

Mme Arnold explique cette proximité par "le partage du sens du pragmatisme".

Elle ne regrettera donc certainement jamais son passage au Congo qui fut aussi bénéfique pour ses fils qui ont tous développé leur existence hors de Belgique. C’est ce qui amène notre consœur à rester un membre très actif de "Mémoires du Congo (et du Ruanda-Urundi)" qui est née en 2002 dont "le but est de contribuer à une présence objective de la présence belge en Afrique centrale".