Rencontre

La villa Empain à l'avenue Franklin Roosevelt est une des plus belles maisons Art déco à Bruxelles (après le Palais Stoclet, bien sûr). Elle était à l'abandon depuis plus de dix ans. Nous pouvons révéler que de grands projets vont la ressusciter. Une fondation privée, la Fondation Boghossian l'a rachetée et veut la transformer, ainsi, à terme, que la villa Bernheim qui la jouxte, en un lieu " ouvert au public et au dialogue entre les différentes cultures d'Occident et d'Orient ". " En 2006, nous explique Jean Boghossian, nous avons pris la décision d'élargir la vocation de la Fondation (NdlR : lire ci-dessous) et de la constituer en fondation privée à but humanitaire, culturel et, plus largement humaniste. C'est dans ce contexte que nous avons acquis la très belle Villa Empain. Ce dialogue des cultures nous semble essentiel dans le contexte actuel de la mondialisation mais aussi celui de nombreuses tensions et incompréhensions qui demeurent toujours tenaces entre les peuples. Si la villa Empain peut devenir le centre d'une créativité partagée, le siège d'une sorte d'"ambassade" des cultures orientales dans la capitale de l'Europe, nous aurons réalisé notre rêve."

La villa Empain a une histoire intéressante. En 1931, le baron Louis Empain, alors âgé de 23 ans à peine, fait ériger cet hôtel particulier de 3 500 m2 par l'architecte Michel Polak qui jouissait d'une prestigieuse réputation, notamment grâce à la construction du Résidence Palace en 1928, un des lieux les plus élégants de la capitale d'avant-guerre. Le projet conçu pour le jeune baron Empain comprend une villa monumentale à quatre façades en granit poli, un jardin entourant une piscine agrémentée d'une pergola et une conciergerie.

Raffinement des détails

La diversité des matériaux (marbre, granit poli, bronze, fer forgé, vitraux et bois précieux), le raffinement des détails et la cohérence du concept architectural aux lignes simples sont exceptionnels. Empain fait don de cette propriété à l'Etat belge dès 1937, pour y créer un musée des Arts décoratifs contemporain géré par La Cambre. Mais ce projet ne pourra être concrétisé que pendant quelques années et l'armée allemande réquisitionne le bâtiment. Après la guerre, la villa Empain abritera l'ambassade d'URSS. Considérant que l'Etat n'a pas honoré ses engagements, la famille Empain récupère ce bien durant les années 1960, avant de le revendre en 1973. Cet immeuble entièrement classé depuis mars 2007 est resté pratiquement inoccupé et laissé dans un état d'entretien minimal.

" Notre projet , explique Jean Boghossian, est de restaurer la villa Empain avec l'aide de la Région en respectant ses caractéristiques, en lui redonnant son éclat d'origine et en restituant à Bruxelles un de ses plus beaux joyaux patrimoniaux. En s'inspirant du désir du baron Empain de consacrer cette maison à la présentation d'objets d'art, nous souhaitons l'ouvrir au public qui pourra y admirer des expositions de haut niveau et des collections artistiques de qualité. Nos collections y seront également exposées et conservées mais seront complétées par d'autres ensembles thématiques qui nous seront confiés, provenant de Belgique et d'ailleurs." La famille Boghossian a une riche collection d'"objets de vertus ", c'est-à-dire des boîtes, étuis, sacs, cachets, de beaux objets Lalique, etc. Art déco et autres, venus d'Occident et d'Orient. " Nous voulons que ce soit avant tout un centre de créativité et de dialogue entre différentes cultures, principalement entre l'Occident et l'Orient. Qu'elle devienne également un centre dynamique permettant une synergie avec l'ULB, l'Ecole de La Cambre, la VUB." Le projet reste encore volontairement très ouvert - deux expos par an, des concerts, des conférences, etc. - et sera peaufiné pendant les deux ans de rénovation du bâtiment pour une ouverture du centre en 2009. " Deux mots peuvent définir notre démarche , dit Jean Boghossian : excellence et émotion ."

Dianne Hennebert à la tête

Un comité scientifique avec une dizaine de personnalités belges et étrangères (on pourrait y voir Orhan Pamuk) accompagne ces réflexions (Marie-Claude Beaud du Mudam, Bruno Macquart du centre Pompidou, le directeur du musée Vitra, la directrice du musée des Arts décoratifs à Paris). La Fondation qui accordera des prix à la création et au dialogue a également acquis l'ancienne propriété Bernheim qui est voisine de la villa Empain et souhaite, une fois les travaux à la villa Empain terminés, créer un lien entre ces deux propriétés. Jean Boghossian pense à demander alors à de grands architectes (il cite Tadao Ando, Zaha Hadid) de reconstruire la maison Bernheim et d'en faire un centre d'art contemporain pour des artistes venus d'Orient.

Le lancement des travaux de restauration de la villa Empain sera l'occasion d'un événement en septembre 2007. Diane Hennebert, qui avait dirigé de mains de maître la rénovation de l'Atomium et est passionnée par le patrimoine architectural bruxellois, assurera la coordination générale des travaux et des projets liés à la villa Empain.