Chaque novembre, la Monnaie résonnera au son d’un Requiem, de Verdi ou Brahms. Tel est le vœu de Peter de Caluwé. Les desiderata du directeur de la Monnaie ne s’arrêtent cependant pas là. Il souhaite en effet que les projets du Développement éducatif de la Monnaie fassent écho à la programmation. D’où la proposition du service éducatif de travailler sur le thème du Requiem avec les enfants.

Regard en coulisse sur un projet qui fera peut-être date. La vue, et surtout l’écoute, de trois cents enfants réunis sur scène pour interpréter, entre autres et avec le chœur des enfants (40) de la Monnaie, des extraits des "Requiem" de Verdi et de Fauré réjouira probablement jusqu’aux esprits les plus chagrins, sachant que l’émotion sera aussi de la partition. Comment ne pas frissonner lorsque tant d’enfants chantent "Lacrymosa" et "Dies Irae" de Giuseppe Verdi ou "Sanctus" et "Libera me" de Gabriel Fauré ? Sans oublier les chants de leur propre composition, écrits en collaboration avec Isabelle Anckaert et Dominique Errenbault, collaboratrices du service éducatif.

Certes, une telle représentation s’élabore en plusieurs étapes, avec, comme on l’imagine aisément, un important travail en amont. En tout, six écoles - trois francophones et trois néerlandophones - sont concernées. Plusieurs séances de travail se déroulent dans les classes en s’interrogeant, sans tabou, sur la question de la mort et des départs au sens large. Une mise en espace et en chant ont lieu avant l’arrivée, en cette première semaine d’octobre, du compositeur Howard Moody appelé à passer dans les six classes concernées pour écouter le travail déjà réalisé et improviser la musique. À la fin du mois, ce Britannique particulièrement tonique reviendra avec une partition écrite pour la représentation en famille du 29 octobre.

Petite visite à Schaerbeek au jour de la rencontre. Une quarantaine d’enfants de 4e et 5e primaire entrent en silence, s’installent en rond, se secouent et se couchent à terre.

Maître chanteur, si l’on ose dire, Benoît De Leersnyder et les deux accompagnatrices du service pédagogique leur donnent le "la" pour chanter les textes imaginés autour de l’espoir et au cours d’un jeu de cadavres exquis chéri par les surréalistes. "L’espoir a mangé beaucoup de balles de baskets vertes. À Paris, ce 12 janvier 1909 " scandent les enfants avec une énergie qui leur est très vite communiquée par Howard Moody, chef d’orchestre anglais bien connu, que ce soit pour la direction du Sarum Orchestra, de l’Orchestre symphonique de la BBC ou encore de l’Orchestre philharmonique royal de Liverpool. Compositeur, pianiste, organiste ou encore claviériste à ses heures, il participe à de nombreux festivals et multiplie les projets avec les enfants. D’abord discret, le compositeur écoute puis intervient, crée les premières notes, envahit la salle de sa musique, s’adresse aux enfants, rythme la matinée, respecte ses interlocuteurs, les fait rire et obéir. Un grand pédagogue doublé d’un excellent musicien qui propose à ses nouveaux "associés" de choisir, par exemple, entre le jazz et le contemporain. Les répétitions vont bon train, le chœur se forme réellement, le "Lacrymosa" explose, les jeunes artistes se rapprochent du pianiste, le ton est juste, l’énergie vibre dans toute la classe et pendant qu’au dehors, la pluie tombe à verse, il se passe réellement quelque chose à l’Ecole n°10 de Schaerbeek. Quel est donc le secret d’Howard Moody ?

"Quand je travaille avec les enfants, je commence par écouter leur son, leur musique, leur créativité. Nous parlons tous et, dans nos mots, il y a déjà une mélodie. Nous oublions souvent que parler et chanter sont identiques, en réalité. Si vous écoutez des enfants dans la cour de récré, vous entendez des chants très libres et si vous prenez le sentiment dans leur corps, vous obtiendrez ce que vous voudrez. Ils ont besoin d’avoir leur propre matériel. C’est important d’utiliser ses oreilles, pas ses yeux. Dans ce projet, le sentiment de la mort et l’expérience est en eux et vous entendez dans leur voix qu’ils ont quelque chose à dire à ce sujet."