histoire de chez nous Chronique

L’

ordre des Croisiers a été fondé à Huy en 1211 ou 1213, approuvé par le concile du Latran en 1215 et confirmé par le pape Innocent IV en 1248 sous la règle de saint Augustin C’est le seul ordre religieux né sur le territoire du diocèse de Liège. On le doit à un jeune noble, Théodore de Celles, fils de Wauthier de Beaufort.

En 1189, ce jeune homme qui était chanoine de Saint-Lambert (à cette époque, le canonicat pouvait être attribué à un laïc) s’était rendu en Terre Sainte avec l’évêque Radulphe. En Syrie, il avait été impressionné par des religieux que l’on appelait chanoines du Calvaire. De retour en principauté de Liège, il décide d’y instituer un ordre similaire. En 1211 il obtient de l’évêque Hugues de Pierrepont, la chapelle Saint-Théobald sur la colline de Clair-Lieu, près de Huy. Il s’y établit avec quelques compagnons. A la différence des croisés qui étalaient la croix sur l’épaule, Théodore et ses amis la placent sur la poitrine. C’est ce qui leur vaut le nom de chanoines réguliers de la Sainte-Croix ou croisiers. Leur patronne est sainte Odile. Le supérieur de l’Ordre - le général - a toujours résidé à Huy dans l’abbaye de Clair-Lieu.

Le dernier de ces supérieurs fut Mgr Jacques Dubois et c’est à lui que Freddy Van Daele, consacre son dernier ouvrage, "Le retour de l’émigré" 1. Plus qu’une biographie, l’auteur nous propose ici un récit très vivant des dernières années de cette abbaye et des derniers combats de Mgr Jacques Dubois.

D’une fenêtre du couvent des jésuites wallons à Liège où il poursuivait ses études le jeune Jacques Dubois, né à Liège en 1730 dans une famille de dix enfants, voyait le clocher de l’église des Croisiers. Il dessinait leur croix pattée partout dans la marge de ses livres.

Il devient général de l’Ordre des croisiers et prieur du monastère de Clair-Lieu en 1778. Il le restera jusqu’à la suppression des ordres religieux à la Révolution. C’est ce combat quotidien contre les révolutionnaires que Freddy Van Daele nous conte avec un réalisme teinté d’une certaine poésie. Il nous détaille l’acharnement des représentants de la Révolution, les tentatives pour sauver les trésors de l’abbaye, les difficultés rencontrées à l’intérieur de son ordre avec certains religieux. Epuisé, il exige d’être conduit à Liège au couvent des Croisiers où le prieur et quelques frères ont réussi à conserver le gardiennat. Le 21 décembre 1796 il demande ce qu’est le bâtiment qu’il aperçoit par une fenêtre. "C’est votre ancien collège des jésuites wallons". "Je ne le reconnais pas" Et, écrit l’auteur, "Jacques Dubois ferme les yeux pour toujours."

On notera aussi dans cet ouvrage un intéressant tableau permettant de convertir le calendrier républicain en calendrier grégorien et vice versa.

1 "Le retour de l’émigré", Freddy van Daele, 50 pp., 10 euros. A la maison du Tourisme de Huy (085.21.29.15) ou chez l’auteur (019.69.96.17)