Les amateurs de poisson ont une petite responsabilité en matière de surpêche. Quoi de mieux, dès lors, que de mettre sur pied un label de durabilité pour permettre à tout un chacun d’acheter en connaissance de cause des espèces dont la survie n’est pas menacée ? C’est l’objectif du MSC (Marine Stewardship Council), label de qualité créé en 1997 par la multinationale Unilever et le WWF pour garantir "une pêche durable et bien gérée". Le principe est relativement simple : toutes les entreprises de pêches qui le désirent peuvent volontairement demander à être certifiées quelle que soit leur taille et les techniques qu’elles utilisent pour autant qu’elles respectent trois principes : assurer la pérennité des stocks de poissons, limiter leur impact environnemental à son strict minimum, et mettre en place une gestion adaptée. Le succès est immédiat, l’approche pragmatique séduit un nombre croissant d’acteurs du secteur et le MSC certifie désormais près de 8 % des prises mondiales.

Pêche au chalutage de fond

Avancée majeure pour certains observateurs, le MSC est jugé "trop light" par ses détracteurs qui lui reprochent de cautionner des pêcheries industrielles destructrices de l’environnement et de tolérer des pratiques nocives. "Le MSC rencontre deux obstacles importants", explique Béatrice Gorez, coordinatrice de la coalition pour des accords de pêche équitables. "Un, il a été conçu par la grande distribution. Son coût prohibitif (entre 10000 et 100000 euros pour obtenir la certification, NdlR) et les exigences des grandes surfaces en termes d’approvisionnement empêchent les plus petits fournisseurs d’y accéder. Or, la filière artisanale représente 50 % du poisson vendu en Europe et ce poisson peut tout à fait être durable sans pouvoir être labellisé MSC. Malheureusement, les créateurs du MSC en ont fait LE critère de durabilité et cela exclut ces petits producteurs de tous les marchés qui font du label une exigence préalable". Deuxième critique : son manque d’efficacité. "Le MSC s’obtient sur base volontaire", poursuit Béatrice Gorez. "S’il était trop strict, personne n’aurait entamé les démarches pour l’obtenir. Le WWF et Unilever ont donc choisi la voie intermédiaire, qui tolère des techniques fort destructrices comme le chalutage de fond. Résultat : 80 % des pêcheries labellisées MSC pêchent au chalut et continuent à avoir un gros impact sur l’environnement au risque de détruire l’habitat de certaines espèces labellisées et de les faire disparaître. Au lieu de s’attaquer au consommateur dont le choix est de toute façon limité, mieux vaudrait viser les intermédiaires et s’attaquer directement à toutes les importations de poisson en Europe."

"Nous ne sommes pas une ONG", répond Victor Simoncelli, commercial manager du MSC pour le Benelux. "Le MSC se base sur une approche réaliste qui se situe entre les ONG et l’industrie de la pêche, ce qui nous vaut des critiques des deux côtés". "Nous ne sommes d’ailleurs pas là pour faire cesser la pêche, mais pour améliorer le marché de l’intérieur", ajoute Margaux Favret de MSC France. "Les pêcheries industrielles ont effectivement été les premières à pouvoir obtenir le label MSC, mais nous travaillons pour le rendre accessible aux petites pêcheries. Le coût du processus, lui, est dû à l’exigence des critères qui sont également en cours de révision. Et pour ce qui est des techniques, l’usage du chalut de fonds n’implique pas forcément une baisse des stocks. Même si c’était le cas, nos critères sont très stricts : si une pêcherie passe sous son niveau de biomasse optimale, elle doit être reconstituée. Plein de pêcheries durables n’ont pas besoin du MSC, mais beaucoup d’autres ont été tirées vers le haut". Chacun se fera son opinion.

Le label MSC a tenu à réagir aux propos de Béatrice Gorez:

"Le MSC ne certifie pas les pêcheries ou les entreprises : l'évaluation selon le référentiel MSC est menée par des tiers chargés de la certification: les organismes de certification. Le MSC reste totalement indépendant des résultats des évaluations. Béatrice Gorez estime que le MSC rencontre deux obstacles importants: sa conception par la grande distribution et son manque d'efficacité. Le MSC n'a pas été fondée par la grande distribution. Pendant 2 ans, à l'initiative du WWF et d’Unilever un groupe de 200 scientifiques a élaboré le référentiel robuste et une fois prêt, le MSC est né en tant qu’organisme de bienfaisance indépendant. Le programme MSC est accessible aux petites pêcheries. Quelques exemples : aux Pays-Bas, La pêcherie de bar (loup) à la ligne à main est certifiée MSC et approvisionne des chaînes de supermarchés. Des distributeurs allemands travaillent avec le MSC sur des campagnes marketing communes destinées à aider les pêcheries des pays en voie de développement à entrer dans le programme MSC. En Angleterre, le MSC travaille avec les pêcheries côtières dans un projet appelé «project inshore ». Le MSC est accessible à toute pêcherie à l'exception des pêcheries à la dynamite, au poison, et celles qui pratiquent le ‘shark finning’. Les petites ou grandes pêcheries peuvent entrer dans le programme MSC et nous travaillons à faciliter la participation des pêcheries artisanales. Le MSC travaille aussi avec des grandes et petites parties prenantes de la chaîne d'approvisionnement comme par exemple les détaillants, les transformateurs, mais aussi de plus petits acteurs comme les poissonneries et les restaurants. En Belgique, trois restaurants sont certifiés MSC : la VUB (Vrije Universiteit Brussel) et deux restaurants étoilés Michelin : ‘Restaurant Michel’ du chef Robert Van Landeghem à Groot Bijgaarden et ‘Restaurant Kommilfoo’ du chef Olivier de Vinck à Anvers.

Dans la recherche indépendante, le référentiel MSC est reconnu comme étant le référentiel pour une pêche durable le plus robuste dans le monde entier. De plus, il convient de réaliser que les termes de « chalutage de fond » et « chalut »sont utilisés dans l’article de façon indistincte. Il est important de souligner la différence entre ces termes. Les chaluts de fond sont les chaluts traînés sur le fond. Le MSC a plusieurs de ces pêcheries dans le programme (par exemple des chaluts de fond jumeaux, à perche ou crevettiers) mais aucun chalut de fonds traditionnel hollandais ou belge. Ces pêcheries ont été évaluées indépendamment en tenant compte de nombreux facteurs environnementaux (par exemple la vitesse, le type de fond, l'impact sur les habitats, la composition des captures, les prises accessoires, l'impact sur les écosystèmes, etc.). Le chalut est un terme plus générique pour désigner les filets traînés derrière des navires. Beaucoup de types de chaluts ne touchent pas le fond car ils ciblent des espèces pélagiques (c’est-à-dire qui vivent en pleine eau et non sur le fond). Ces chaluts pélagiques représentent le plus grand volume de captures certifiés MSC, n'ont pas d’impact sur les fonds marins, et leurs prises accessoires sont généralement faibles".

V.D.