Beaucoup d’églises de l’Euregio - les Limbourg flamand et hollandais, la zone frontière allemande - ont dans leurs trésors des statues attribuées depuis 1940 à un mystérieux "maître d’Elsloo". Des Christ en croix, des saints ou groupes de saints en bois où on devine des anciennes polychromies. Ces sculptures sont liées entre elles par leur provenance géographique et leurs ressemblances stylistiques : des personnages à la tête carrée et sévère, des hommes barbus, avec de longues mains.

C’est donc en 1940 seulement qu’on a appelé ce sculpteur inconnu "maître d’Elsloo", du nom d’une petite ville hollandaise où se trouve un de ses chefs-d’œuvre, une "Sainte Anne trinitaire". Mais son vrai nom nous est inconnu et personne ne sait même s’il a existé et si ces statues sont bien du même ciseau.

Il semble que son atelier était situé à Roermond et fut actif au début du XVIe siècle. Le musée Bonnefanten de Maastricht organisera de juillet à octobre 2011 une expo avec ses plus belles pièces, dont certaines sont au Louvre, au Palais des Beaux-Arts de Lille, au Victoria and Albert museum à Londres, au Bode museum de Berlin et même dans des musées de Chicago et Cleveland. Le maître d’Elsloo a sculpté des pièces monumentales, de 3,5 m, dans un bloc de chêne.

Pour réaliser cette expo, le Bonnefanten a voulu en avoir le cœur net et a lancé une vaste campagne internationale d’étude de l’œuvre de ce sculpteur afin de savoir si toutes ces statues sont bien de sa main ou de son atelier, de connaître ses secrets et de savoir s’il a bien existé.

Dans ce cadre, l’IRPA à Bruxelles (l’Institut royal du patrimoine artistique) a reçu la mission (financée par la Politique scientifique) d’étudier la septantaine de statues se trouvant en Belgique. Plusieurs sont déjà à l’étude dans les locaux de l’IRPA. Chacune est méticuleusement photographiée sous toutes les coutures. les traces de polychromie sont étudiées afin de savoir si elles datent toutes de la même période (elles ont parfois été violemment surpeintes par la suite). Une analyse stylistique est faite et une étude dendrochronologique portant sur le bois de la statue pourrait permettre de voir si ce bois date de la même période et provient de la même région.

Il est significatif que ce type de patrimoine, longtemps négligé, devienne objet d’études et puisse révéler sa qualité artistique. Et même s’il s’avérait que le maître d’Elsloo n’était pas l’auteur unique de ces 200 statues, garder un nom permet de mieux nommer ce qu’on aime.