Des générations d’étudiants de l’ULB ont été initiées à la philosophie et aux joies du "Gai savoir" par Jacques Sojcher. A 72 ans, le philosophe a gardé toute sa malice. Il a mené la belle revue "Ah !" qui, hélas, arrivera bientôt à son terme. Il est même devenu danseur de claquettes. Il est devenu aussi compagnon de route du Théâtre-poème (Poème 2) où il donne, le lundi soir, des conférences de philo. C’est là que la directrice du lieu, Dolorès Oscari, présente un texte qu’il vient d’écrire : "Le Philosophe et le perroquet", un conte philosophique, un vaudeville métaphysique qui, sur le mode de la farce, est une réflexion sur l’enseignement du philosophe et sa "lâcheté".

Le perroquet partage, avec le philosophe, l’amour des mots. Sojcher imagine qu’un grand perroquet d’Amazonie débarque dans l’appartement d’un couple formé d’un prof de philo et de sa jeune compagne. Il apportera la zizanie mais l’essentiel est ailleurs. Au début, le prof, dans son narcissisme et son désir de plaire, est tout ragaillardi de pouvoir enseigner des concepts à un animal qui les lui restituera docilement. "Le philosophe est un séducteur et il succombe aux beaux plumages."

Mais, bientôt, le rapport de force s’inverse. Le perroquet (qui, pour Sojcher, est un philosophe masqué comme les Marennes portugais étaient des Juifs cachés) prend le dessus sur le prof. Car si cet animal a la caractéristique de répéter, il en a une autre : il peut s’envoler, quitter sa cage. Le perroquet place le philosophe devant ses contradictions et sa lâcheté. Il sait que la philosophie devrait rendre plus libre, mais il est coincé dans une vie sentimentale et professorale qui ne le satisfait pas, sans en tirer les conséquences. "Oseras-tu abandonner ton confort, tes habitudes, ton petit bonheur ? Tu vas continuer à vivre avec elle, en fermant les yeux sur ce que vous êtes devenus tous les deux."

Une réflexion que Sojcher s’est appliquée à lui-même. En prenant la liberté, à 72 ans, d’écrire pour le théâtre, il prend des risques, se met à nu dans un domaine qui n’est pas le sien, et où il reste un intrus, mais c’est cela la liberté du philosophe et l’audace de Sojcher.

Dolorès Oscari, qui veut privilégier les auteurs belges, s’est chargée elle-même de la mise en scène, d’abord une mise en forme du texte, avec un danseur pour le rôle du perroquet (Francis Pedros), Franck Dacquin en philosophe et la jeune Consolate Sipérius en compagne du philosophe.

"Le Philosophe et le perroquet", au Poème 2, 30 rue d’Ecosse, jusqu’au 25 mars. tél. : 02/5386358