Entretien

Bernard Lemmens poursuit son come back. Son dernier concert (ou plutôt : son premier concert depuis longtemps) au Bozar, en janvier, avait laissé pantois une partie du public : "d’où tombe ce type incroyable dont on ne nous a jamais parlé ?". Le revoici, mais là où on l’attend moins, aux Nuits du Botanique, dont il sera l’invité ce mardi.

Que vient faire là un pianiste voué à Schumann, Scriabine, Bartók ? Paul-Henri Wouters - dont la carrière a commencé dans le domaine classique - s’en explique : "Les Nuits du Botaniques - qui attirent quand même 40 000 personnes chaque année ! - ont pour but d’offrir au public une parenthèse dans le temps en lui aménageant une aire de "pur plaisir de la musique". Mais de façon modulée, en réservant à chaque musique son espace spécifique, avec, pour chaque groupe, au moins deux heures de filage, avec une billetterie au détail, bref, selon un modèle opératoire qui n’est pas loin du modèle classique. Un modèle qui donne aussi à l’artiste sa chance de rentrer au mieux en contact avec son public."

C’est pour cela que le Bota a songé à Bernard Lemmens ?

Il rassemble tout ce que je connais et aime de la musique : il est "rock" par son coté direct et frontal, "romantique" par ses excès et "visionnaire" dans sa façon de convoquer tous les sens, de créer un film entier à lui tout seul - scénario, réalisation, images et, bien sûr, bande son !

Comment Paul-Henri Wouters, situé du côté pop-rock-post-punk-chansons-world, a-t-il découvert un artiste aussi exotique ?

Je me destinais à faire le piano au conservatoire lorsqu’un accident à la main m’a contraint à m’arrêter pendant deux ans, je me suis alors orienté vers la musicologie et dès que j’ai pu, j’ai repris le piano, à l’académie de Woluwé Saint-Lambert, dans la classe de Bernard Lemmens Ce fut l’éblouissement ! J’ai découvert un artiste à la générosité incommensurable, doublé du meilleur des pédagogues (avec cette brutalité pleine de tendresse qui le caractérise). Son secret : les images mentales faisant appel au visuel sous toutes ses formes, nature, peinture, figures, corps Chez lui, c’est la vision qui entraîne les doigts. Lors de son dernier concert au Bozar, j’ai vécu des moments rarissimes (alors que je suis des centaines de concerts par an). Aucun formatage, un son unique, une technique effacée par la maîtrise.

Dans le contexte des “Nuits”, quel programme, pour quel public ?

Le concert aura lieu au Museum, avec piano et public sur le même plan, premiers rangs assis, le reste debout. Sur le thème "Autour de la nuit", le programme comprend des œuvres plutôt courtes et variées, signées Chopin, Bartók, Schumann et Liszt, plus quelques transcriptions de musiques de films. Notre mission est de mettre à la disposition du public, jour après jour, des "contenus" musicaux, ça a pris des années, et ça marche ! Cette fois, ce contenu est "classique" Notre rêve est que le public nous fasse confiance, pousse la porte et soit conquis - saisi - par la force poétique du concert.

Botanique, le mardi 14 mai à 19h30. Infos : www.botanique.be