Le retour d’Ebola

Gilles Toussaint Publié le - Mis à jour le

Le virus Ebola a fait son retour en Ouganda. Quatorze décès ont été recensés depuis que l’épidémie s’est déclarée il y a environ trois semaines dans l’ouest du pays. Parmi ceux-ci, une aide-soignante venue se faire soigner dans la capitale Kampala.

Vu la virulence de la maladie et son caractère extrêmement contagieux, le branle-bas de combat a été déclaré dans le pays. Dans une déclaration diffusée en radio et en télévision, le président Museveni a ainsi appelé la population à la plus grande vigilance, invitant les Ougandais à limiter les contacts physiques en évitant, notamment, de se serrer la main. Deux autres vagues d’Ebola ont précédemment frappé l’Ouganda en 2000 (plus de 200 décès sur environ 400 cas recensés) et 2007 (plusieurs dizaines de victimes).

L’ONG Médecins sans frontières (MSF) a ainsi envoyé une équipe d’urgence sur le terrain afin d’aider à endiguer le plus rapidement possible la propagation de la maladie. "Lorsqu’une telle épidémie se présente, il faut d’abord quelques jours pour opérer un tri parmi les patients suspects car si certains d’entre eux s’avèrent réellement touchés, il est aussi possible que d’autres personnes se présentent dans les centres de santé simplement parce qu’elles ont eu peur d’avoir contracté Ebola", explique le Dr Michel Van Herp, épidémiologiste chez MSF. "Il faut découvrir ce que nous appelons les "hot lines", c’est-à-dire les chaînes de transmission susceptibles de diffuser la maladie".

L’origine de cette épidémie semble assez précisément identifiée, poursuit notre interlocuteur. Un premier cas est apparu dans une famille nombreuse habitant dans un village du district de Kibaale. Celle-ci a enregistré une série de décès qui se sont rapidement succédés et qu’elle a attribués à un mauvais sort qui aurait été jeté par un sorcier. "Ils ne se sont donc pas rendus directement dans un centre de santé. Ce n’est que suite à l’accumulation des cas que certains membres de la famille ont fini par s’y présenter, ce qui a déclenché l’alerte."

Il est aujourd’hui quasiment acquis que le réservoir de la maladie se trouve parmi certaines espèces de chauves-souris frugivores, explique Michel Van Herp. "Un chasseur a pu trouver un singe qui serait mort après avoir consommé un fruit déjà grignoté par un chiroptère et donc porteur de salive contaminée. Dans ces pays, une telle découverte constitue une aubaine. La personne qui va cuisiner l’animal entre ensuite en contact avec le sang et les fluides et tombe malade à son tour." Le virus se transmet en effet par le sang, la salive, la sueur ou encore la diarrhée via un contact avec les muqueuses ou une plaie.

Et l’on assiste alors à un phénomène d’amplification de la maladie. Celle-ci se diffuse par l’intermédiaire des proches qui vont s’occuper du malade d’abord. Lors des rituels funéraires ensuite. Des contacts étroits se produisent lors du lavage du corps, mais aussi parce que dans ces régions, il est de tradition que l’on embrasse le défunt et qu’on le serre dans ses bars. "Un autre risque d’amplification possible se situe au niveau des structures de soins. Si le personnel n’est pas vigilant, il peut y avoir une confusion avec d’autres pathologies. Les soins sont alors prodigués sans que l’on prenne les mesures de protection nécessaires".

La première urgence consiste donc à mettre en place des unités d’isolation dans les zones où des cas sont apparus. On procède alors à un suivi étroit des personnes (famille, voisins, soignants ) qui ont été en contact avec un malade ou qui ont assisté son enterrement au cours des 21 derniers jours - la période d’incubation de la maladie. L’objectif est de détecter le plus rapidement possible l’apparition de symptômes et d’éviter ainsi que de nouvelles branches de contamination ne se développent.

Quant à l’issue, elle est malheureusement très souvent fatale. La souche "Soudan" (lire "Le Chiffre" ci-contre) dont il est question dans le cas présent affiche en effet un lourd taux de mortalité. "Un certain nombre de personnes survivent, et c’est sans doute lié à des prédispositions génétiques que l’on ne connaît pas encore. Elles développent des anticorps dans les 15 à 20 jours après avoir déclaré la maladie et finissent par se guérir d’elles-mêmes. Le problème, c’est qu’en général les patients meurent dans un délai de 7 à 10 jours et n’ont donc pas le temps de produire ces anticorps", souligne le Dr Van Herp.

Pour augmenter les chances de survie, les soins consistent donc à aider les patients à franchir ce cap de 15 à 20 jours, en espérant que la guérison intervienne. Outre des antidouleurs et des antianxiolitiques, on veille ainsi à les hydrater par voie orale et intraveineuse et à leur administrer un traitement antibiotique et antipaludique afin d’éviter que d’autres infections ne les affaiblissent davantage.

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