Entretien

Léon l’accordéon s’interroge. Pourquoi tant d’air dans son ventre ? Est-il le seul instrument que le vent fait ainsi chanter ? Sa quête l’amènera à rencontrer d’étonnants compagnons de partition : un tambour maltraité qui en pince pour une guitare, des cornemuses qui ont le bourdon, des flûtes volantes, une vielle à roue amnésique sans compter le Dr Wadbois, lutin luthier de son état, et une armada de termites affamés. Conte musical édité en livre-disque, "Léon accordéon" est né de l’imagination d’Yves Barbieux, l’auteur-compositeur belge qui a par ailleurs fondé Les Déménageurs. Si l’on retrouve, parmi les nombreux musiciens qui accompagnent Léon, deux membres de ce groupe (Perry Rose et Didier Laloy), il s’agit ici d’un projet différent. Il est centré sur une véritable histoire, et alterne narration (par l’excellent Eric De Staercke) et chansons. Il est plutôt pensé pour des enfants de 5-6 ans, même s’il devrait séduire un panel bien plus large. Dès mars prochain, il se muera en spectacle, interprété par un trio, comme l’explique Yves Barbieux. En attendant, "Léon accordéon" s’est déjà vendu à 1 100 exemplaires en un mois.

Quel est le point de départ de “Léon” ? S’agissait-il de faire découvrir la musique et les instruments traditionnels ?

Avant tout, je voulais créer une belle histoire et des chansons. Je n’ai pas mis ma casquette de pédagogue en me disant : il faut que les enfants découvrent la musique traditionnelle. Mais j’aime que cela soit un "effet collatéral" de ce conte. Quand je faisais des animations à la Chaise musicale (NdlR : école de musique), on créait des mini-spectacles, avec une collègue, que j’accompagnais avec mon accordéon Léon. L’idée a germé là, je crois.

Dans “Léon accordéon”, il y a, en fait, à la fois un conte musical et l’équivalent d’un album de chansons (dix titres).

Oui. J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire. J’ai eu une petite frayeur à la fin, quand j’ai constaté que cela durait 80 minutes. C’était trop long, et j’avais peur que ça ne tienne pas sur un CD. On a donc élagué. Il dure 70 minutes. A priori, cela reste long. Mais cela ne pose pas de problème, d’après les échos qu’on a.

Du coup, le livre, lui, contient non pas l’intégralité des textes mais la trame de l’histoire, et les paroles des chansons.

En effet. À partir du moment où cela dure 1h10, on ne pouvait pas se permettre de faire un livre de 50 pages avec tous les textes. On a fait le choix de garder des tableaux, des moments forts. Sur cette base, on peut encore raconter l’histoire. Sinon il aurait fallu faire une BD.

Aviez-vous déjà une idée de l’aspect visuel en écrivant ?

Oui, je l’avais créé moi-même, avec des pâtes à modeler. Mais je ne suis pas très patient, je n’avais pas envie de recréer les personnages pour chaque page. Ma compagne a étudié avec Yves Dumont : elle m’a conseillé d’aller voir son blog. C’est magnifique, ce qu’il fait. Il s’est inspiré des personnages que j’avais dessinés et modelés.

Si un enfant vous demande ce qu’est la musique traditionnelle, que lui répondez-vous ?

C’est une musique de fête, qui se transmet de bouche à oreille, qui est jouée dans les fêtes, les événements sociaux, les pubs. Et qui continue à tenir tête aux sonos et aux DJ. Celle qui moi, m’inspire, c’est surtout la musique celtique.

Plus que les termites, n’est-ce pas l’oubli qui menace ces musiques et ces instruments ?

Oui et non. Quand je vois, en Flandre et en France, l’énorme succès des bals folk Et en Irlande : quand on secoue un arbre, il y a trois musiciens qui tombent. C’est une musique qui touche tellement les gens qu’elle ne va pas disparaître.

Sur le CD, il y a six chanteurs différents et une kyrielle de musiciens. Sur scène, comment cela va-t-il se passer ?

On aura trois chanteurs-musiciens-acteurs. Aline Janssens (elle chante plusieurs personnages sur le CD), qui a un côté très théâtral ; l’accordéoniste Jonathan De Neck (qui joue dans divers groupes trad et sur scène avec Les Déménageurs) ; et le chanteur, comédien et musicien Pierre Bodson (qui est entre autres une des voix du quatuor Sing Sing et a participé à plusieurs comédies musicales). Il jouera de la guitare. On travaille beaucoup les polyphonies vocales. On projettera aussi, sur scène, des illustrations d’Yves Dumont et des vidéos où l’on verra d’autres musiciens jouer. Au fait, on postera bientôt, sur notre site, des films dans lesquels les musiciens jouent et parlent de leur instrument : Karim Baggili à l’oud, Thierry Hercod à la vielle à roue

C’est assez différent des Déménageurs, finalement.

Oui. À un moment, j’ai hésité à le faire avec Les Déménageurs. Et c’est Marie-Rose (alias Lili) qui a eu le fin mot : "Lili, elle doit danser. As-tu de la place pour ça ?" Et je me suis dit : non, ce n’est pas ça qui va être mis en évidence ici.

Livre-disque "Léon accordéon", une production Racines carrées ASBL. Infos : www.leonaccordeon.com