Ce n'était pas hier... C'était il y a vingt ans. Ce n'était pas un film. C'était un téléfilm. Que l'on pourrait quasiment qualifier d'historique. À la fois par son sujet, ses personnages et par son auteur. Mais aussi par les sites mis en valeur à l'écran.

Sujet: «La danseuse du Gai Moulin». Auteur: Georges Simenon. Personnages: le commissaire Maigret, de jeunes liégeois et des policiers liégeois. Sites: la seule ville de Liège, son incontournable «carré», son célèbrissime quartier d'Outremeuse et son journal immortel «La Gazette de Liége».

Adaptation difficile

Assis sur une caisse en bois devant sa machine à écrire, Simenon a rédigé pas mal de ses romans sur le pont de son petit bateau «L'Ostrogoth». C'est à Ouistreham que «La danseuse du Gai Moulin» a vu le jour. En 1931. En été. D'où la difficulté d'adapter ce récit pour le petit écran au milieu des années 80. Car la cité ardente avait changé... Singulièrement, l'une des rues principales du Carré, la rue du Pot d'Or. Jusqu'à la fin des années 50, elle était éclairée par les vitrines des prostituées. Et (comme l'avait imaginé Simenon) par les enseignes du cabaret «Le Gai Moulin». Elle a été transformée en piétonnier (majoritairement) bordé de magasins de mode et de restaurants. C'est là, cependant, qu'a débuté le téléfilm. Et, tout à côté, dans un prestigieux hôtel (disparu) de la rue Pont d'Avroy qu'a été assassiné un élève-espion grec. Qui, depuis Paris, faisait l'objet d'une surveillance discrète du commissaire Maigret.

On allait retrouver le corps de Graphopoulos dans une manne d'osier. Au bord de la Meuse dans le Jardin d'Acclimatation. Nouvel obstacle pour l'adaptateur. Car, dans ce superbe parc, sont depuis lors sortis de terre le Palais des Congrès et le haut hôtel «Holiday Inn». Plus rien ne correspondait là à l'atmosphère simenonienne. Le réalisateur a choisi un autre endroit pour déposer le cadavre. Quai-sur-Meuse. Là où se tient le fameux marché de la Batte, tous les dimanches matin, en face de la Grand'Poste récemment désaffectée et au pied de la passerelle d'Outremeuse inexistante en 1931. Mais, pendant le tournage, cette passerelle s'est révélée bien utile. Elle a accueilli de nombreux curieux intrigués par cette animation inhabituelle puis ravis de voir Maigret à l'oeuvre. Un Maigret qui, comme dans plusieurs dizaines (sinon centaines) d'épisodes de la série, empruntait alors les traits de Jean Richard.

Rue de la Loi

De l'autre côté de la rivière, on pénètre, comme son nom l'indique, en Outremeuse. Là où le romancier mondialement reconnu a vécu toute sa jeunesse. Avec ses parents au numéro 53 de la rue de la Loi. Là où habite aussi, avec son papa et sa maman, Jean Chabot soupçonné de l'assassinat du Grec! Comme la mère Simenon, elle loue des chambres à des étudiants. Comme la mère Simenon, elle n'entretient pas les meilleurs rapports avec son fils... Cela dit, la rue de la Loi n'a pas posé de problèmes. Car, à l'exception d'un petit building, elle a conservé toutes ses jolies façades de l'époque. Elle reste très appréciée. C'est là qu'un autre liégeois connu, l'ancien ministre Jean-Pierre Grafé y a transféré son cabinet d'avocats associés.

Autre endroit où Jules Maigret s'est beaucoup arrêté pendant le tournage: le boulevard d'Avroy. Très précisément pour lire les «une» affichées aux vitrines de la «Gazette de Liége».

À la page 91 du roman, on lit: «La Gazette de Liége», le journal bien pensant, imprimait: «L'affaire de la malle d'osier». On a tourné beaucoup d'images sur ce trottoir. Car, à la demande des producteurs, le quotidien devenu l'édition liégeoise de «La Libre Belgique», a imprimé plusieurs titres en relation directe avec le téléfilm. Et Maigret venait les lire devant les caméras...

Historique? On en conviendrait volontiers. C'est la seule enquête du commissaire qui se déroule uniquement à Liège. Et puis Georges Simenon y évoque, en réalité, de multiples souvenirs de son enfance et de sa jeunesse. À commencer par la domiciliation de Chabot rue de la Loi. Et puis pas mal de réflexions sur ce qu'il aimait ou détestait dans sa ville natale. Et enfin ses allusions (toujours aimables) à la «Gazette de Liége» où il acquit très jeune le goût de l'écriture.

© La Libre Belgique 2006