Les impacts de la Pac : c’est pas qu’en Europe

St. G. Publié le - Mis à jour le

Il est parfois difficile de comprendre l’impact global et local de la politique agricole commune (Pac) sur les producteurs laitiers d’Europe et d’ailleurs. La jeune plate-forme Arc 2020 (pour "Agricultural and Rural Convention), qui regroupe 160 ONG, a décidé d’y remédier. Arc 2020 appelle à un changement de paradigme en faveur d’une production alimentaire réellement durable. L’organisation prône une réforme en profondeur de la Pac (qui veut mieux cibler les aides aux agriculteurs et renforcer les contraintes environnementales), de sorte à proposer un réel développement rural dans toutes les régions d’Europe.

Mercredi, Arc 2020 a donné la parole à trois agriculteurs des Pays-Bas, des Etats-Unis et du Kenya, qui sont venus à Bruxelles pour partager leurs expériences et lancer un message aux responsables des décisions qui affectent leurs moyens de subsistance.

1Hellen gère une petite ferme au Kenya. Elle y produit notamment du lait pour le marché local. Mais elle est confrontée à "la mode de l’importation". Les poudres de lait, produites avec les surplus des produits laitiers européens, arrivent sur le marché africain "et sont beaucoup moins chères que le lait local", déplore-t-elle. Et l’exportation "ne peut pas fonctionner" pour cette petite entreprise. "On n’a pas d’électricité, donc pas de système de refroidissement du lait. On ne peut pas le pasteuriser. Le temps qu’on l’exporte, le lait n’est plus bon", explique Hellen.

2Joe Borgerding est un producteur laitier du Minnesota (USA). L’agriculture "classique", nourrie aux pesticides, ne lui permettait plus de gagner sa vie. En 1996, Joe a commencé la transition à la culture biologique. Et en 2004, son troupeau de vaches a été certifié bio. "Je suis très heureux d’avoir adopté le concept de ferme durable. C’est la seule façon dont (l’agriculture) devrait être pratiquée. Environ 30 % de ma production est bio. Et maintenant, je montre la voie à suivre à mes voisins", raconte Joe. "L’agriculture classique, c’est assez nouveau. On ne connaît pas encore ses retombées. Mais ça engendre une érosion du sol et ça a un impact sur la santé", avance-t-il.

3Sieta van Keimpema, des Pays-Bas, fait partie de l’"European Milk Board", qui milite en faveur des producteurs de lait en Europe. Sieta est fâchée contre la politique agricole européenne, qui encourage la compétitivité, l’exportation et la baisse des prix. "On perd de l’argent et on perd beaucoup d’agriculteurs. D’autres sont vieux mais s’il n’y a pas de perspectives pour les jeunes, il n’y aura pas de relais" , prévient Sieta. "Si on ne paie pas les producteurs, il n’y aura plus de nourriture dans le futur" , ajoute-t-elle.

Arc 2020 espère ainsi "avoir ouvert le dialogue entre les deux piliers de la Pac, les aides directes aux agriculteurs, et l’enjeu environnemental et rural, et montré que les choix politiques actuels ont un impact partout dans le monde", a conclu la coordinatrice d’Arc 2020, Véronique Rebholtz.

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