Incises incisions

André Schmitz

éd. Phi (coll. Graphiti),

6401-Luxembourg, en coéd. avec

Ecrits des Forges, Québec,

128 pp., 480 F (11,90 €).

Précaire est la maison

Madeleine Biefnot

Le Taillis Pré, 160 pp.,

720 F (17,85 €).

Nos lèvres sont politiques

Eric Brogniet, ill.Eric Wesel

Tétraslyre, coll. Lettrimage, 8 pp.,

deux couleurs, 350 F (8,75 €).

Tous courent mais un seul remporte la palme, écrivait Paul de Tarse, dans une des lettres où il faisait allusion au sport pour l'appliquer à une ascèse spirituelle. C'est à cela que nous pourrions penser chaque fois qu'un poète est couronné par un prix.

Les poètes écrivent-ils pour obtenir des prix? Ils écrivent pour exister. D'abord à leurs propres yeux qui enfin voient sur le papier ce qui demeurait à l'obscur d'eux-mêmes. Mais ils aimeraient exister aussi aux yeux des autres dans une fonction poétique dont on voit bien qu'elle procure parfois assez de sens à la vie pour que celle-ci continue, malgré le peu de réponse qu'elle sait qu'elle doit attendre..., ainsi que le constatait Yves Bonnefoy dans un cours de poétique au Collège de France (repris sous le titre de Lieux et destins de l'image, Seuil 1999).

Les poètes peuvent exister de plusieurs manières aux yeux des autres: être lus par ceux qui les connaissent; être découverts (ne nous arrêtons pas de fouiller les rayons poésie dans les librairies!); être repris en des anthologies (multiplions-les!); être traduits; être commentés par des critiques. Le très sensible Henri Falaise avait confié amèrement à un ami, peu de temps avant sa mort: si on ne parle pas de ma poésie, elle n'existe pas!

Une autre manière encore, pour un poète, de se sentir exister est, par chance, d'obtenir un prix.

MALLARMÉ 2000 À ANDRÉ SCHMITZ

Ce que le Goncourt est au roman, le Mallarmé l'est à la poésie. Nous avions parlé récemment du dernier recueil d'André Schmitz, Incises incisions (LLC 11-10-00). Avec ce recueil, le poète acceptait enfin de continuer à publier. Les jurés de l'Académie Mallarmé (fondée en 1937 par Saint Pol Roux, Maeterlinck, Paul Valéry, Paul Fort), n'attendaient, semble-t-il, que cela. À celui qui déjà, sans le vouloir, a ramassé les prix les plus prestigieux, d'ailleurs et d'ici, y compris le Triennal et le Quinquennal, cette distinction hors pair couronne non seulement une oeuvre mais une singularité qui place ce poète en dehors de tous les courants. Sa démarche de déstabilisation du quotidien et du spirituel convoque, entre éblouissement et ironie, une autre réalité.

LE VERHAEREN À BIEFNOT

Madeleine Biefnot s'était tue depuis longtemps, elle aussi. Avec Précaire est la maison, qui rassemble quarante années de poésie, elle nous offre un mystère d'écriture qui mêle l'onirique au réel. Le jury d'un nouveau prix triennal, celui du Cercle Emile Verhaeren de Renaix, a voulu attirer l'attention des lecteurs sur une oeuvre sans équivalent.

ÉRIC BROGNIET NOUVEL ADAM

Le prix Adam, créé par Etienne de Sadeleer, est destiné à couronner un animateur de poésie. S'il est également poète, tant mieux. La récompense: une sculpture de Renaat Ramon. Eric Brogniet dont nous avons récemment évoqué le dernier recueil (LLC 27.12.00) a été, jusqu'au jour récent où elle lui a été arrachée des mains, l'inventif animateur et directeur de publication de l'importante revue Sources, éditée par la Maison de la Poésie de Namur.

Parce que la poésie n'a pas de prix, comme le disait Claude Javeau dans le n° 24 consacré à Ecriture et crise de la pensée au XXe siècle, le prix Adam donne à Eric Brogniet un signe de reconnaissance qui peut être compris dans les deux sens du terme.

DE SCHWEITZER À MOUSSIA

Un prix et une médaille d'or Albert Schweitzer sont décernés chaque année par la fondation Goethe de Bâle à des personnalités européennes ou à un groupement européen, qui se dévouent d'une façon exemplaire et désintéressée à une oeuvre dans l'esprit à la fois humaniste et humanitaire du Dr Albert Schweitzer.

Moussia Haulot n'en revient toujours pas. Cette médaille d'or! A elle? Mais oui: la Journée mondiale Poésie-Enfance, fondée et animée par elle depuis 1976, ne cesse de faire le tour de la terre en inspirant de jeunes poètes sur des sujets de paix et d'entente entre les peuples. Cela vaut bien qu'on se le dise! Puisque, nous le savons: la poésie sauvera le monde.

© La Libre Belgique 2001