Il n'y a pas si longtemps, un prêtre polonais tonnait encore en chaire de vérité contre la franc-maçonnerie dans une paroisse du Brabant wallon. Dieu merci, si l'on ose dire, l'Eglise officielle n'en est plus à cette vision antédiluvienne et excommunicatrice et divers clercs, du cardinal Danneels à des prêtres chargés de certaines responsabilités dans l'Eglise belge ont été à la rencontre des maçons dans certains ateliers lors de "tenues blanches". Pour l'heure, le débat bat son plein au sein de la franc-maçonnerie libérale quant à son éventuelle ouverture au monde profane. C'est que le secret maçonnique est de moins en moins bien compris. Et nombre de frères se demandent si plus de visibilité ne servirait pas leur cause. Plus discrète que secrète, la franc-maçonnerie a payé un lourd tribut pendant la Seconde Guerre et force est de préciser que la presse catholique - dont, hélas, notre journal... - y joua un rôle déplorable en publiant les listes des maçons à la fin des années 30 ce qui les exposa directement à la répression nazie. C'est pourquoi, les maçons belges hésitent toujours à prendre des positions publiques, contrairement, par exemple, à la maçonnerie française très présente dans les débats de société. Il y a cependant des avancées heureuses sur le plan culturel qui se doublent de dévoilements qui devraient faire taire ceux qui ignorent que les ateliers ne sont pas des lieux de pouvoir et de complots mais de recherche philosophique sur soi-même pour se rendre et rendre les sociétés un peu meilleures.

Récemment, c'est dans le temple bleu de la rue de Laeken que les principaux responsables de la maçonnerie belge irrégulière (ou plutôt libérale) ont présenté deux ouvrages mettant en exergue la spécificité de l'architecture mais aussi des rituels et objets maçonniques. Certes, lors des Journées du Patrimoine, des ateliers avaient déjà pu être visités et tous les jeudis après-midi le musée belge de la Maçonnerie est accessible à la rue de Laeken mais il s'imposait de compléter cela par un ouvrage expliquant le sens de l'engagement en loge à partir d'une description des "trésors du temple". Sous la conduite de Jeffrey Tyssens, (de la VUB) grand spécialiste de la franc-maçonnerie, la lacune a été comblée dans un album superbement illustré et rédigé par les meilleurs connaisseurs belges. Un moment de joie fut sa présentation officielle par le conservateur du musée, Isy Brachot et par Henri Bartholomeeusen, Sérénissime Grand Maître du Grand Orient. D'autant plus que les Archives d'architecture moderne ont eux présenté un album sur l'architecture maçonnique en Belgique mais aussi en Grande-Bretagne, en France et aux Etats-Unis.

Selon Maurice Culot, un livre militant, car les temples maçonniques n'échappent pas non plus à la folie destructrice des apprentis sorciers de l'architecture contemporaine... Deux livres qui montrent combien la franc-maçonnerie a aussi contribué au développement du continent européen.

"Les trésors du temple. Le musée belge de la franc-maçonnerie", Jeffrey Tyssens e.a, Fonds Mercator et musée belge de la Franc-maçonnerie, 35 euros. "Architectures maçonniques", Archives d'Architecture moderne, 209 pp, 39 euros.

© La Libre Belgique 2006