Liesbeth Homans (N-VA): "Nous ne voulons pas une 7ème réforme de l’Etat, mais l'ultime !"

Dorian de Meeûs Publié le - Mis à jour le

Depuis quelques années, les Flamands ont appris à connaître Liesbeth Homans, le bras droit très influent de Bart De Wever. Pour les francophones, cette députée régionale flamande est avant tout la présidente – controversée et peu connue - du CPAS d’Anvers. Depuis son bureau de l’Hôtel de Ville, elle évoque son parcours, ses idées, le programme de la N-VA, les relations entre communautés linguistiques et sa vision de Bruxelles.

Liesbeth Homans est l’Invitée du samedi de LaLibre.be.


Votre parcours est peu connu dans le Sud du pays. Comment êtes-vous devenue le bras droit de Bart De Wever au sein de la N-VA et à Anvers ?

J’ai connu Bart lors de mes études d’Histoire à Anvers, puis à Louvain. J’étais membre de l’Association flamande des étudiants catholiques des hautes écoles, puis de la Volksunie… tout comme Bart. Depuis près de 22 ans, nous sommes restés d’excellents amis. J’ai ensuite travaillé pour le cabinet de plusieurs ministres flamands (Sauwens et van Grembergen). J’ai ainsi atterri dans la politique avant de devenir la collaboratrice parlementaire de Bart De Wever en 2004, puis parlementaire flamande moi-même en 2009.

N’ayant pas grandi dans le milieu nationaliste, rien ne vous prédestinait à cela.

C’est un peu un cliché, car ce n’est pas une condition pour avoir un tel feeling. Personnellement, c’est lors de mes études que j’ai été sensibilisée par cette notion par le professeur d’Histoire Herman Van Goethem. Ses cours sur la répression belge, la Question royale, les lois linguistiques, la Loi Unique,… m’ont beaucoup intéressé et fait prendre conscience que quelque chose n’allait pas dans les proportions et relations entre les Flamands et les Wallons dans ce pays. J’ai eu le sentiment d’une injustice, d’un manque d’équilibre. Si on observe les années ’50 et ’60, on constate que les personnes qui parlent le néerlandais ne sont pas respectées et que rien ne justifie un tel traitement.

C’était il y a 50 à 60 ans, pourquoi être nationaliste en 2014 ?

Le nationalisme a beaucoup changé et ne se focalise plus sur ce sentiment de supériorité et d’injustices. Ce qu’on voit, c’est que nous avons deux démocraties en Belgique. C’est un fait. Les intérêts des uns et des autres ne sont pas du tout les mêmes. Je ne juge pas ceux des Wallons, mais veux répondre aux attentes des Flamands. Donner une réponse politique aux attentes des citoyens, c’est la raison d’être d’un parti politique.



Le 25 mai, vous serez opposée à Kris Peeters (CD&V) sur les listes régionales. Qu’est-ce qui vous différencie fondamentalement ?

Déjà, les partis. Mais je pense surtout que la N-VA est le parti le plus clair dans ses objectifs socio-économiques et sur la manière d’atteindre nos objectifs. Nous voulons le confédéralisme, non pas comme objectif, mais comme moyen de répondre aux attentes des Flamands. En cela, je suis plus précise que mon adversaire Kris Peeters.

Pourquoi parlez-vous sans cesse de confédéralisme, alors que vous visez l’indépendance de la Flandre dans vos statuts officiels ?

Ce sont deux choses différentes. D’ailleurs, nos statuts restent inchangés, nous visons toujours l’indépendance. Mais nous plaidons pour une évolution, pas une révolution. Nous sommes des réalistes raisonnables et savons que c’est un processus qui peut prendre des années, voire des décennies.

La 6ème Réforme de l’État n’est pas encore en application – et cela prendra des années – que vous venez déjà avec la 7ème réforme ?

Non, nous ne sommes pas pour une 7ème réforme de l’État, nous sommes pour la réforme ultime. Cette réforme ultime et définitive, c’est très clairement le confédéralisme. Si c’est pour faire une nouvelle réforme bric-à-brac où l’on transfère une partie des compétences sans les moyens, cela n’a aucun sens. La 6ème réforme transfère une partie des compétences mais pas suffisamment que pour pouvoir gérer l’ensemble de celles-ci.

Ce qui est étonnant, c’est que vous critiquez cette réforme, tout en la présentant comme un succès de la N-VA. Est-ce cohérent ?

Notre crédo reste "au plus nous régionalisons les compétences, au mieux !". Prenons le logement qui est une compétence déjà largement régionalisée, mais les leviers les plus importants ne le sont pas. Nous n’avons aucune compétence en terme de cadastre, c’est pourtant essentiel pour pouvoir mener une bonne politique du logement. Une réforme qui découpe des compétences homogènes en lambeaux sans faire suivre les sous, c’est n’importe quoi… On n’est pas demandeur d’une nouvelle réforme, mais d’une nouvelle structure institutionnelle. Nous prônons d’abord le confédéralisme qui, contrairement au séparatisme, peut prévoir une certaine solidarité entre la Wallonie et la Flandre.

Quel genre de solidarité ?

Notre parti n’estime pas qu’il faille immédiatement couper les transferts, mais nous souhaitons que la Wallonie prenne ses responsabilités et certaines mesures qui lui permettraient d’être plus indépendante sur le plan budgétaire. Il faut aussi pouvoir prendre des décisions impopulaires pour assurer l’avenir de notre sécurité sociale. Quand nous proposons de réduire les indemnités de chômage à 2 ans et à une année de réactivation, nous savons aussi que ce n’est pas populaire. Pourtant, nous l’assumons, car nous trouvons même plus social d’offrir une indemnité temporaire davantage en ligne avec le salaire perdu. Aujourd’hui, si vous avez un beau salaire, la chute est parfois dramatique, pensez aux emprunts en cours. Après les 3 ans, nous proposons le revenu minimum qui serait relevé de 200 euros. C’est très social !

Quelle est votre proposition pour Bruxelles ? La N-VA l’annonce depuis longtemps, mais on ne voit jamais rien venir…

Nous travaillons encore fortement à ce sujet. La sophistication institutionnelle est évidemment complexe.

Vous êtes consciente que sans solution pour la capitale, votre confédéralisme est impossible ?

Il y a plusieurs pistes, mais je ne veux pas les dévoiler tant qu’on n’a pas finalisé notre projet. Sincèrement, je ne pense pas que cela soit conditionné comme vous le dites.


Vous affirmez que la majorité de la population doit pouvoir imposer sa politique, c’est pourtant exactement le contraire qui se passe à Bruxelles, où seuls 5 élus flamands peuvent bloquer la gestion politique. Un membre de la N-VA disait même vouloir en faire une ville « exclusivement flamande » lors de votre congrès.

C’est un propos isolé. Tout le monde a le droit de s’exprimer lors d’un congrès de 4.000 militants. Si on commence à raisonner en termes de minorité-majorité, on peut remettre en cause la minorité flamande dans le gouvernement fédéral et le mécanisme de sonnette d’alarme au Parlement. Ce sont nos structures institutionnelles. Les Flamands ont leur mot à dire à Bruxelles. Mon problème avec Bruxelles, c’est qu’une personne qui parle néerlandais n’y est pas traitée avec respect. Même si les commerçants et indépendants font un effort, je ressens ce sentiment de supériorité des francophones tous les jours à Bruxelles. Je trouve dommage ce manque total de respect.

Il est tout de même étonnant qu’un Bruxellois, s’il se dit flamand, puisse un jour bénéficier d’autres taux d’impositions ou d’allocations que son voisin francophone. Cela vous semble vraiment équilibré ?

Mais, ils peuvent choisir ! Ce n’est pas une question de langue parlée. Nous n’excluons personne.

Mais ils devraient renier leur identité…

C’est un choix individuel. Cela dit, le "vrai ket bruxellois" parle généralement le néerlandais et se sent lié aux deux communautés culturelles. Sans dénigrer l’une ou l’autre, comme certains le font.

On voit mal des partis francophones accepter d’entrer dans un gouvernement fédéral avec votre réforme ultime dans l’accord de gouvernement.

Notre priorité, c’est d’avoir au plus vite un gouvernement pour gérer le socio-économique. Nous demanderons à nos partenaires de s’engager à faire des pas vers le confédéralisme.

Cela pourrait provoquer une longue crise si vous exigez un engagement ferme, non ?

Le confédéralisme est un processus qui ne se fait pas d’un jour à l’autre. Nous en sommes conscients, c’est pourquoi notre priorité absolue c’est de mettre sur pied un gouvernement socio-économique. On ne peut plus se permettre une crise institutionnelle…

Gouverner avec le PS, c’est possible pour la N-VA ?

De préférence sans le PS, mais il faut que les résultats côté francophone le permettent. Moi, je connais les souhaits et tendances des partis flamands. Le succès du PS, lié à son clientélisme, nous l’imposera ou pas. Ce sera en tout cas sans le modèle PS.

Le confédéralisme à la sauce N-VA, c'est sans Premier ministre si j’ai bien compris ?

Concrètement, il s’agit de confier toutes les compétences et tous les moyens aux États-membres et d’ensuite définir ce que nous faisons ensemble. La structure qui reste, avec ou sans Premier, c’est le dernier de mes soucis. Je ne comprends pas pourquoi les Wallons ne voient pas l’avantage qu’ils auraient à être autogérés. C’est de l’auto-détermination qui ne devrait plus subir les confrontations entre 2 démocraties. D’autant que nous acceptons de rester solidaires.


Revenons sur quelques polémiques qui ont déjà marqué votre présidence au CPAS d’Anvers. Vous avez dit que le racisme est une « notion relative ». Vous regrettez ces mots ?

Non, je ne les regrette absolument pas ! Ils proviennent d’un contexte beaucoup plus large. Je disais qu’il était regrettable pour les victimes de racisme – qui existent bel et bien – que l’expression racisme soit utilisée à bon et à mauvais escient. Dans le tram, si je demande à un jeune d’origine allochtone de retirer ses pieds du banc… ce n’est pas du racisme. Cela n’a rien à voir. A Anvers, ce terme est de plus en plus utilisé de manière gratuite. C’est un problème pour les vraies victimes de racisme qui pourraient ne plus être prises au sérieux. Oui, il y a du racisme et des discriminations envers les personnes d’origine allochtones.

Vous estimiez que les discriminations de ce type étaient exagérées…

Non, les vraies discriminations sont interdites et doivent être poursuivies devant les tribunaux. On ne peut les tolérer en raison de la couleur de peau ou de son origine. Les discriminations existent dans les deux sens. Quand une jeune fille autochtone se promène en jupe à Anvers, elle sera parfois aussi traitée de "pute". C’est aussi une discrimination inacceptable.

Vous avez été vertement critiquée pour avoir voulu conditionner l’aide médicale urgente aux illégaux. Vouliez-vous conditionner cette aider à un engagement à quitter le territoire ?

Je n’ai jamais dit cela. Nous ne faisons jamais cela au CPAS d’Anvers. A l’instar de Mayeur et Onkelinx, tout le monde m’est tombé dessus en m’accusant des pires choses. Dans cette affaire, j’observe à la lettre la législation fédérale. N’étant pas médecin, ce n’est pas à moi à dire si une aide urgente est nécessaire ou pas. Le CPAS doit seulement vérifier que la personne ait réellement besoin d’aide financière. Le fédéral m’oblige de vérifier cela. Concrètement, on parle des malades du SIDA, aucun patient ne s’est vu refuser de l’aide médicale urgente. Aucun. A Gand, où l’on m’a aussi critiquée, ils font juste la même chose.

Pourquoi c’est une polémique ici et pas chez eux ?

Je ne sais pas. Alors qu’Yvan Mayeur critiquait notre CPAS, des sdf dormaient dans les rues de Bruxelles en plein hiver. Ca, ça n’existe pas à Anvers ! Qu’il règle ses problèmes avant de juger les nôtres. Notre système est beaucoup plus social que dans la plupart des villes socialistes. Quand nous sommes en désaccord avec les francophones, nous le disons simplement. Eux, ils nous diabolisent et font peur aux gens. On nous présente comme des monstres caractériels qui vont tout prendre aux Wallons. C’est presque une incitation à la haine.


Une interview de Dorian de Meeûs

@ddemeeus


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