À QUELQUES JOURS DES ÉLECTIONS, VOULEZ-VOUS RIRE, PENSER, vous atterrer peut- être en apercevant le reflet des grandes manoeuvres politiques et citoyennes dans le verbe étincelant et l'imagination sans limites de l'auteur des «Trois Mousquetaires» ? Prenez le chemin du Théâtre-Poème: Alexandre Dumas y est en personne, surgi de ses Mémoires, (et avec cet autre qui, un couteau entre les dents et l'oeil en flammes, les a découpées à notre intention: Émile Lanc).

L'auteur aux cheveux frisés et au teint basané qui vient d'être inhumé au Panthéon était à Bruxelles en 1852 où il pouvait retrouver d'autres républicains qui avaient fui les conséquences du coup d'Etat de Bonaparte. Il y suivra ou retrouvera Hugo, Charras, Aragon. Il y écrira sa propre épopée: une sorte de pièce en trois actes où le héros en titre, ce sera lui, Dumas! N'a-t-il pas écrit quelque part: «L'histoire est un clou auquel j'accroche mon manteau» ?

L'astuce du découpeur-adaptateur est d'avoir dédoublé Alexandre: le pensif qui écrit ses «Mémoires», en les raturant, plus de vingt ans après les faits (Yves Bical), et celui, bouillonnant, qui les vécut à l'âge de 27 ans (Franck Dacquin). Nous les voyons tour à tour, et parfois simultanément, dans l'action et dans l'écriture, dans l'imaginaire et l'Histoire en train de se faire en trois journées: «Les trois Glorieuses» ! Joachim Defgnée, le bonimenteur, et Philippe Derlet, époustouflant caméléon qui assume les rôles les plus divers, complètent le quarteron de comédiens qui assument à un train d'enfer le déroulement d'une histoire pleine d'histoires, de bruit et de fureur. Émile Lanc y voit Dumas «lâché à travers l'insurrection parisienne» en des «scènes dignes de Monte-Cristo» et des «Quarante-Cinq» !

La mise en scène de Sue Blackwell y fait des étincelles, avec des trouvailles qui font grimper constamment le tensiomètre du spectateur. Parmi elles, les soulignés musicaux, comme une mazurka de Chopin, ou la «Carmagnole», ou «Ah ça ira!» joués à l'orgue tandis que sonne le gros bourdon de Notre-Dame. Et le menu du repas-spectacle affiche notamment un plat de résistance, le «Volaille à la mousquetaire», emprunté au dictionnaire culinaire de Dumas!

Bonne idée d'Émile Lanc qui permet de relire le texte après l'avoir écouté: la publication de «Ma révolution de 1830» aux Éditions de l'Ambedui.

Bruxelles, Théâtre-Poème, jusqu'au 4 juin. Tél. 02.538.63.58.

© La Libre Belgique 2003