Michel: "Il faut démasquer la N-VA, montrer son hypocrisie et ses mensonges"

Francis Van de Woestyne Publié le - Mis à jour le

Quelles seront les priorités de 2013? Préparer le confédéralisme comme le souhaitent Bart De Wever et José Happart? Préparer l’avènement d’une nation wallo-bruxelloise, comme l’espère Paul Magnette? Le président du MR, Charles Michel, pointe, lui, le redressement de la Wallonie et de Bruxelles. Entretien.

Revenons tout d’abord sur le discours de Noël du Roi. Les Flamands, unanimes, ont estimé que la référence aux années 30 était inutile et malhabile. Les francophones sont restés discrets. Elio Di Rupo a-t-il bien fait en validant ce passage ?

Le Roi est parfaitement dans son rôle quand il exprime ce message. De plus, ce message est couvert par la responsabilité du Premier ministre. Moi, je soutiens la mise en garde contre les dangers du populisme partout en Europe, et y compris en Belgique. Clairement, la N-VA est une formation qui fait plus que flirter avec le populisme.

La N-VA a exploité ce discours et s’est posée en victime. Du coup, la Flandre s’est rangée à son côté…

Il y a une dérive dans la Belgique médiatique : c’est la N-VA qui fait la pluie et le beau temps. Moi, je n’ai pas l’intention de permettre à la N-VA de dicter l’agenda politique et médiatique. La N-VA a fait le choix de ne pas participer au gouvernement, c’est un parti clairement séparatiste qui tient des positions hypocrites. Elle évoque à présent le confédéralisme alors que le but est bien le séparatisme, le confédéralisme n’étant qu’une étape. La N-VA ne veut pas assumer clairement cet objectif-là. Quoiqu’ait pu dire le Roi, la N-VA aurait tenté d’instrumentaliser le message. En s’en prenant au Roi, la N-VA s’en prend en fait au pays.

Le MR est parfois moins dur que les autres partis francophones à l’égard de la N-VA. Didier Reynders et Bart De Wever se ménagent régulièrement. Le MR se veut-il le pendant francophone de la N-VA ?

En aucun cas ! J’ai été le premier à dire, en 2011, qu’on pouvait faire un gouvernement fédéral sans la N-VA. La N-VA est nationaliste, le MR est libéral. On est à l’exact opposé sur le plan de la conviction idéologique. Sur le plan économique, la N-VA, comme l’Open VLD et le CD&V, défend des opinions de centre droit comme le MR le fait depuis bien plus longtemps.

Elio Di Rupo dit que le projet de la N-VA est très dangereux. D’accord ?

Soyons clairs : oui, le projet de la N-VA est un projet dangereux parce que le séparatisme, ce sera l’appauvrissement pour tout le monde. Ce projet est délirant sur le plan économique. Cela dit, le MR est le parti capable de faire le lien entre les Régions : nous avons toujours essayé de comprendre la situation en Flandre.

Seriez-vous prêt à entrer dans un gouvernement Di Rupo II en 2014 ?

La question est prématurée. Laissons d’abord les électeurs s’exprimer.

Êtes-vous partisan d’un gouvernement sans la N-VA en 2014 ?

Attendons que les électeurs se prononcent.

Êtes-vous prêt à entrer dans un gouvernement qui négocierait une 7e réforme de l’Etat ?

Ce serait insensé. Il faut faire fonctionner la dernière réforme de l’Etat et montrer qu’elle porte des fruits en termes d’efficacité. Le gouvernement doit aussi contrôler nos finances publiques. Enfin, il faut poursuivre les réformes structurelles : les pensions, le marché du travail. Voilà le paradoxe, en Flandre : j’entends des demandes pour des réformes en matière économique et sociale. Je partage cette analyse-là. L’histoire a bien montré qu’on ne peut pas faire, en même temps, des réformes structurelles sur le plan fiscal et des réformes institutionnelles. C’est l’un ou l’autre. Si l’on s’embarque dans des discussions délirantes, on ne pourra pas mener à bien les réformes sur le coût du travail, la fiscalité des entreprises, le soutien des PME, l’amélioration de la sécurité sociale.

Pour cela, il faudra que les partis flamands ne se laissent pas entraîner dans la surenchère communautaire alimentée par la N-VA…

Les partis flamands ont bien vu que la stratégie de la complaisance à l’égard de la N-VA ne fonctionnait pas. Si les partis flamands veulent reconquérir le cœur des citoyens flamands, ils doivent tenir un langage de vérité qui consiste à démasquer la N-VA, à montrer les mensonges de la N-VA, ses contradictions. C’est comme cela qu’ils retrouveront de la crédibilité et de la confiance. Il y a eu des signaux inquiétants au CD&V ces derniers mois. Je constate un changement de ton et un refus du confédéralisme à la sauce N-VA. J’espère que les partis flamands mettront en exergue cette hypocrisie foncière et ce populisme fondamental de la N-VA. L’idéologie de la N-VA, c’est le repli et l’échec. Jamais, dans l’histoire, le nationalisme n’a amené la paix et la prospérité.

Le gouvernement Di Rupo n’a pas bonne presse en Flandre…

On a, en 2012, tenu le bateau droit, maîtrisé nos finances publiques. On a retrouvé de la confiance, de la crédibilité au niveau international, mais ce n’est pas encore le cas sur le plan interne. Les citoyens belges n’ont pas encore une confiance suffisante dans le travail qui est mené par ce gouvernement. J’espère qu’en 2013, on pourra prendre des mesures pour défendre et développer l’emploi dans notre pays qui est la condition de base pour réussir à assumer tous les défis en termes de sécurité sociale, de sécurité, d’infrastructures, de logement

On parle beaucoup de ce qui se passe en Flandre. Au Sud, c’est le silence ou alors la confusion…

Je souhaite que les francophones passent à l’action et enclenchent le redressement économique et social de la Wallonie et de Bruxelles. Non pas avec des plans, mais avec des actes, des décisions, des réalisations.

Le MR n’est pas présent aux commandes dans les majorités régionales…

On peut peser au départ de l’opposition. Je vois que les gouvernements de gauche prennent en compte, de plus en plus, les expressions que le MR formule depuis longtemps sur la rationalisation des structures, sur le parcours d’intégration. Je souhaite que le MR soit l’épine dorsale du redressement de la Wallonie et de Bruxelles. Je veux porter un projet optimiste et enthousiaste. Il y a en Wallonie et à Bruxelles des atouts extraordinaires : une localisation au cœur de l’Europe, des entreprises performantes, des talents humains dans nos universités, là où nous devons miser sur l’excellence.

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