Monsieur Dico

PAR JACQUES MERCIER Publié le - Mis à jour le

Brûler un feu rouge!

Raoul Reyers me raconte que son fils Antoine recherche l'origine de l'expression «brûler un feu rouge», qui semble peu compréhensible. C'est qu'il a raison ce garçon doué! «Brûler» est employé de façon figurée et métaphorique, le plus souvent en locution. On l'utilise depuis le début du XVIIIe siècle déjà. Brûler c'est passer sans s'arrêter à (un point d'arrêt prévu). Par exemple: Le convoi a brûlé la station. Brûler un signal, un feu rouge. On peut aussi brûler une étape, ne pas s'y arrêter. Précisément dans le roman «Feux rouges» de Georges Simenon, on peut lire: «- Ne dépasse pas la vitesse réglementaire. - Compris. - Evite surtout de brûler les feux rouges. Pour ne pas se faire prendre en chasse, évidemment». En argot, on utilisait «brûler» pour «laisser impayé». Si on brûlait le bateau, c'est qu'on ne réglait pas le prix de la traversée. Francis Guillot l'explique dans «Le p'tit Francis» : «Dans mon portefeuille, j'avais la lettre d'un copain. Il m'écrivait qu'il était en taule à Bordeaux pour trois mois parce qu'il avait «brûlé le bateau en rentrant du Venezuela»». «Brûler le bateau», en argot, ça veut dire faire le trajet clandestinement, sans payer, comme on dit pour les trains: «brûler le dur». Mais en y réfléchissant, dans un même sens métaphorique on trouve «brûler la politesse», s'enfuir, «brûler sa santé», l'user prématurément... L'idée de départ est donc de brûler de manière abstraite, de détruire, de ne pas faire attention, de passer outre, comme «brûler ses vaisseaux» qui signifie qu'il n'y a plus de retraite possible.

© La Libre Belgique 2004

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