Chaque année depuis 1995, la société Idée Fixe s’est livrée à son casse-tête artistique, budgétaire et météorologique pour produire, en plein air, un grand opéra populaire et à prix doux. Assez audacieusement, son choix s’est porté cette année sur "Les Contes d’Hoffmann", chef-d’œuvre inachevé d’Offenbach, présenté dans la mise en scène (2008) de Julie Depardieu. Un grand nom (le prénom est plus modeste) dont le travail, mené en collaboration avec Stéphane Druet, ne manque pas de brio mais peut-être de poésie D’évidence, le concept - décors de Guy-Claude Françis, costumes de Frank Sorbier - privilégie le versant spectaculaire de l’opéra : après les pyrotechnies vocales d’Olympia, l’acte d’Antonia, le plus émouvant des trois, est placé en deuxième partie (faute d’indication formelle d’Offenbach, le choix est laissé aux maîtres d’œuvre), et c’est l’acte de Giulietta, avec ses fêtes, ses masques et ses gondoles, qui clôt la série, avec une fameuse chute d’intensité dramatique. Toujours dans l’acte d’Antonia, le bouleversant duo mère-fille est anéanti par l’idée saugrenue de démultiplier les mères et d’en faire des sortes de vieillardes agitées et menaçantes; la même idée sera appliquée à l’intervention finale de la Muse, alias Nicklausse, moment clef de l’opéra dont il sera impossible de comprendre la portée et la valeur cathartique.

Une autre réserve, d’ordre technique, touche au traitement des voix et de l’orchestre : Idée Fixe nous a habitués à un travail beaucoup plus fin que l’amplification grossière subie jeudi dernier au Palais des Princes-Evêques, et dont la mezzo Camille Merckx (Nicklausse, la Mère et la Muse, justement ) a particulièrement pâti.

Mais au-delà de ces réserves, la production fonctionne et séduit, déclinée sur un dispositif à deux étages - entre lesquels apparaît l’orchestre - qui continue à faire ses preuves et offre, dans le cas de ces "Contes", une claire lisibilité de l’action, à défaut de soulever l’émotion. Peu d’intériorité, on l’a compris, les mouvements de l’âme étant généralement traduits par des chorégraphies ajoutées.

Dans le rôle-titre, nous avons entendu le ténor Mickael Spadaccini (en alternance avec Daniel Galvez-Vallejo) et, dans les rôles de Lindorf, Coppélius, etc., le baryton Laurent Kubla (en alternance avec Nabil Suliman), le premier, doté de la vaillance et des aigus du rôle mais court de souffle et piètre comédien ; le second très assuré vocalement (en dépit de quelques tensions) et scéniquement, plus jeune premier que vieux méchant et "vif" de toute façon. Déception pour Camille Merckx, peu habitée dans son jeu et singulièrement desservie par la sono ; et bonnes surprises du côté d’Anna Pardo Canedo (Olympia), de Sabine Conzen, voix un peu légère mais lumineuse et colorée (Antonia) et de Lies Vandewege, dont on soulignera la précision vocale et le don de scène (Giulietta) ; dans les rôles de caractère, l’excellent ténor Axel Everaert allie idéalement le raffinement musical et la drôlerie, et Thierry Vallier donne vie et allure aux rôles de Luther, Crespel et Schlemil.

Les chœurs - entraînés par Matteo Pirola et "infiltrés" par des danseurs - bénéficient d’une direction d’acteurs fouillée et inventive. Quant à l’orchestre Nuove Musiche, partenaire d’Idée Fixe depuis la première heure, il était placé jeudi sous la direction efficace de Yannis Pouspourikas (en alternance avec Eric Lederhandler, fondateur et directeur musical de l’orchestre).

Namur, Château du Cercle de Wallonie, les 23 et 24 août, Château de La Hulpe, du 29 août au 1er septembre, Château d’Ooidonck, du 6 au 8 septembre, toujours à 21 h. Infos : 070.222.007 ou www.070.be