Par prudence, à RTL, le présentateur prend l'escalier...

Jonas Legge Publié le - Mis à jour le

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La série dominicale "Dans le secret des lieux" se poursuit par un reportage au coeur des coulisses du 19h de RTL-TVi. Du choix des sujets au direct, en passant par les montages ou le maquillage, LaLibre.be vous fait vivre l'ambiance qui règne dans les locaux de la rédaction.

La chemise amplement déboutonnée, Michel De Maegd a le regard rivé sur son ordinateur. L’horloge numérique de la salle de rédaction de RTL indique déjà 14h12. Trois minutes plus tard, le présentateur doit se rendre dans le bureau du rédacteur en chef Gregory Willocq, tous deux rejoints par la cheffe d’édition Marie-France Muschang.

"La surprise du 13h, c'est le reportage de Ludovic sur la toxicomanie à Charleroi", lance d’emblée Grégory Willocq. "Oui, terrible. Faut revenir là-dessus ce soir. On fait réagir Paul Magnette aux images ?", renchérit Marie-France Muschang. “Faudrait aussi avoir les riverains ou des associations qui s'occupent des drogués", embraye Michel De Maegd. Quinze minutes durant, le trio va discuter des sujets diffusés lors du 13h, les faire évoluer, en abandonner certains, mais aussi lancer de nouvelles pistes.

A 14h30 tapantes, le triumvirat pénètre dans une grande salle de réunion, suivi aussitôt par une vingtaine de personnes : journalistes, cameramen, assistante de rédaction, directeur artistique... En quelques secondes à peine, chacun a pris place, la conférence de rédaction peut débuter. 

"Les organisateurs du festival Ramdam suggèrent un duplex avec Gérard Depardieu, en direct de Tournai", lance le spécialiste ciné Nicolas Buytaers. "Waouw, donc le même jour que Benoît Poelvoorde qui vient en plateau pour "Les Rayures du zèbre", rétorque dans la foulée Grégory Willocq. Tout en scrutant la réaction de Michel De Maegd, que plus rien ne semble effrayer après 14 ans de présentation, le rédac chef valide la proposition : "On dit oui... mais faudra le gérer...".

Il n’est même pas 15h et la réunion est déjà terminée. L’orientation du journal du soir a été donnée et chacun sait ce qui l'attend. Le présentateur, lui, retourne dans son bureau aux parois de verre. Il va s’atteler à la rédaction de ses textes de lancement et établir la conduite du journal. "Je dois définir l'ordonnancement des sujets. Aujourd’hui, nous allons ouvrir sur ce reportage sur la toxicomanie parce qu’il nous a tous marqués. Mais si une grosse info tombe entre-temps, tout peut être bousculé", explique-t-il, d’une voix toujours posée.

L’heure tourne et cela se sent. Au sein de la rédaction, la concentration se lit sur les visages. Les textes sont peaufinés, les “plans de coupe” choisis. “Là, on met des images des partisans du régime. Ici, celles où ils sont devant le Parlement, c’est parfait”, assure Jean-Pierre Martin à la monteuse.

“J’aime ce travail depuis la rédaction”, explique ce journaliste du service International. “Mais c’est le reportage qui m’enchante. C’est un bonheur d’être un passeur, de prendre le spectateur par la main et de le mettre en contact avec des réalités complexes qu’il ne connait pas, comme ces événements en Ukraine, en Centrafrique ou en Syrie...”, s'enthousiasme Jean-Pierre Martin. Terre à terre, son collègue Christophe Giltay ajoute d’un rire retentissant : “N’oublie pas les grèves des TEC et les embouteillages, c’est ça aussi la préoccupation de nos spectateurs”.

Dans les bureaux voisins, les images du monde entier sont récoltées, les archives classées, les liaisons satellites avec les correspondants sur le terrain vérifiées.

“Bon, le duplex Depardieu tombe”, claironne soudainement Marie-France Muschang. A peine 20 minutes plus tard, le son de cloche diffère. “Pour Depardieu, ce n’est pas un ‘non’ définitif. Donc on le garde dans la conduite et on fait comme si on l’avait.” Michel De Maegd ne semble pas en être décontenancé. "Le pire souvenir reste les attentats du 11 septembre. Tout le travail de l’équipe avait dû être jeté à la poubelle pour ne se concentrer que là-dessus. Et nous étions restés plus de deux heures à l’antenne pour parler de cet événement surréaliste."

De son côté, Laurent Haulotte, le directeur de la rédaction, s’assure de la bonne évolution des choses. “Ma tâche consiste notamment à prendre de la hauteur sur le flux tendu de l’actu. Et aujourd’hui, je suis particulièrement content, parce que le sujet d’ouverture vient du web, avec des internautes qui ont envoyé une vidéo, qui a permis de monter un dossier. J’adore ça.”

Il est 18h42 quand Michel De Maegd se rend un étage plus bas, en salle de maquillage. “Je prends toujours les escaliers, pour éviter de rester coincé dans l’ascenseur juste avant le JT”, sourit-il. Avant de préciser que le maquillage, “c’est la petite pause détente, le réconfort avant l’effort”.

Une fois pomponné, le présentateur prend une pastille pour la gorge. “Un rituel, tout comme le fait de me débloquer la machoire pour bien articuler, ne pas bafouiller." Avant d’arriver en plateau, le présentateur fait un léger détour par la régie, afin de gérer les détails techniques sur un éventuel duplex avec le bouillonnant Gérard Depardieu, car il faudra également gérer le non moins volcanique Benoît Poelvoorde en studio.

Le comédien arrive deux minutes avant le lancement des titres. Michel De Maegd se lève de sa chaise, qu’il venait d’ajuster, embrasse chaleureusement le Namurois et lui annonce que Gérard Depardieu sera peut-être en duplex. “Ah Gégé, c’est pas vrai, dis !”, s’esclaffe Poelvoorde. Mais l’heure fatidique approche et empêche les longs discours.

"Dix secondes !", avertit le régisseur. Une fois les titres lus et le premier sujet lancé, Benoît Poelvoorde se retire pour aller fumer une cigarette. Il reviendra trois minutes avant son passage en direct. Entre-temps, tout se déroule comme prévu en plateau. Hormis l’insertion d’une brève relative à l’euthanasie des mineurs, la conduite ne bouge pas d’un iota. “Pour le présentateur du 13h, c’est beaucoup plus aléatoire, car certains sujets ne sont pas encore prêts lorsque le journal commence. Tout se met alors en place, de manière plus ou moins improvisée, en temps réel", précise l’expérimenté Grégory Willocq.

Michel De Maegd semble donc détendu. Entre les reportages, il discute, blague et fait le point avec le régisseur, qui est la seule personne présente dans le studio. Grâce à son oreillette, le présentateur reste aussi constamment en contact avec la régie, qui orchestre les aspects techniques.

En fin de JT, Benoît Poelvoorde est réinstallé en plateau. Au même moment, Michel De Maegd s’entend dire dans l’oreillette qu’un câble de retransmission a lâché à Tournai et que le duplex avec Depardieu ne peut donc avoir lieu. La déception se lit sur son visage. Ce couac n’a cependant aucune incidence sur la suite du déroulement. Les échanges entre le journaliste et son invité s’enchainent.

Après avoir pris congé des spectateurs, Michel De Maegd est ragaillardi par l’une des innombrables réflexions de cette pile électrique qu’est Poelvoorde. “On n’a pas eu le gros mais à mon avis il était déjà saoul”, se permet même l'acteur. Les rires fusent, avant que les deux hommes ne se saluent. Le journaliste rejoint la salle de rédaction, où le calme règne. “Je vais maintenant me démaquiller et regarder le journal de la RTBF, comme je le fais chaque soir.” Le débriefing attendra le lendemain...


Une visite guidée de Jonas Legge. Photos : Johanna De Tessières.

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