Pas de risque inutile pour Moscou

BORIS TOUMANOV CORRESPONDANT À MOSCOU Publié le - Mis à jour le

La Russie et la Chine ont pris la défense du régime militaire en Birmanie en s'opposant à l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité de l'Onu condamnant la cruauté des représailles que la junte birmane poursuit contre les manifestations pacifiques des moines bouddhistes. C'est là une attitude somme toute prévisible car ce n'est pas la première fois que le tandem russo-chinois vole au secours de régimes odieux.

La chasse gardée de Pékin

Il n'en est pas moins vrai - et c'est ce que constatent certains experts russes - que, cette fois, Moscou préfère visiblement laisser Pékin jouer les premiers violons en se contentant des algarades verbales avec ses partenaires du G8 dans les couloirs de l'Onu.

On retiendra que la faiblesse relative des positions de la Russie dans la région et la situation géographique de la Birmanie mettent a priori ce pays à la périphérie des ambitions géostratégiques du Kremlin. Cela à plus forte raison que la Birmanie est considérée à Moscou comme une chasse gardée de Pékin.

Toutefois, depuis ces dernières années, le business russe commence à s'installer en Birmanie. La Russie a signé en mai dernier un accord sur la construction d'un centre de recherche nucléaire. D'autre part, trois compagnies pétrolières russes - Zaroubezhneft, Itera et Silver Wave Sputnik Petroleum (cette dernière liée aux autorités de la République de Kalmoukie) - procèdent actuellement à la prospection des gisements de pétrole sur le plateau continental de la Birmanie.

Pas de risque inutile

Rappelons également qu'en 2001, la Birmanie a acheté 15 chasseurs russes Mig-29 pour une somme de cent cinquante millions de dollars, et mène actuellement des négociations avec la Russie sur l'installation en Birmanie d'un système de défense antimissiles.

Bref, les perspectives d'une coopération économique et technique avec ce pays du Sud-Est asiatique semblent à la Russie suffisamment prometteuses pour ne pas prendre le risque inutile de la compromettre par un mot déplacé.

Vers les Etats-Unis

Or, selon cette même logique, Moscou ne souhaite nullement l'avènement de la Birmanie à la démocratie.

Cité cette semaine par le quotidien moscovite "Kommersant", Alexeï Kiritchenko, spécialiste de la Birmanie à l'Université Lomonossov de Moscou, explique que "la chute éventuelle du régime militaire en Birmanie nuirait aux intérêts de la Chine et de la Russie. Il est évident en effet que les forces démocratiques qui viendront à sa place se tourneront vers les Etats-Unis. Cependant dans cette éventualité, les intérêts de Pékin souffriront beaucoup moins que ceux de Moscou", affirme-t-il.

"On ne doit pas oublier que la Chine est géographiquement très proche de la Birmanie et qu'elle y dispose d'une immense diaspora très influente. La Russie quant à elle n'a pas ce genre d'atout et c'est pour cette raison qu'avec une éventuelle revanche démocratique en Birmanie, elle ne pourrait plus compter sur le volume actuel d'échanges avec ce pays".

© La Libre Belgique 2007
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