Dans le "nanomonde", Patrick Couvreur est un grand nom. Et le CV bien chargé de ce biopharmacien natif de Schaerbeek mais travaillant en France vient de s’allonger. Il vient de recevoir le Prix de l’inventeur européen dans la catégorie recherche (lire aussi en page 27). Le prix couronne ses travaux sur les nanocapsules, des vecteurs de médicaments qui permettent d’attaquer le cancer d’une manière plus ciblée et plus efficace. Ces nanocapsules, qui sont 70 fois plus petites que des globules rouges, sont transportées directement vers les cellules malades et libérées. Pour Patrick Couvreur, les nanotechnologies - qui utilisent des particules de l’ordre du nanomètre (un milliard de fois plus petit que le mètre) -, "c’est une vieille affaire" qui a débuté dans les années 1970 à Woluwé. Alors à l’UCL, le jeune thésard côtoie les médecins du labo de Christian de Duve. Ceux-ci lui expliquent qu’ils cherchent à faire rentrer les médicaments dans les cellules, mais que beaucoup n’y rentrent pas. Il tient alors son idée de base : concevoir des micro-formes pour faire pénétrer les molécules dans les cellules. En 1984, Patrick Couvreur rejoint la France. Car le poste de professeur espéré à l’UCL par le jeune "ambitieux et pressé" ne vient pas. "La Belgique m’a donné beaucoup, mais la France m’a tout donné. Elle m’a offert une chaire et une équipe à 33 ans. Evidemment, je n’ai pas dit non." A l’Université Paris-Sud, il poursuit ses travaux, qui déboucheront sur des nanomédicaments, à présent en test dans des hôpitaux. Pour le cancer du foie, il obtient un meilleur taux de survie chez les patients qu’un traitement classique. La technique a encore été affinée récemment, et pourrait concerner d’autres cancers. Le scientifique a créé deux sociétés, et déposé une cinquantaine de brevets. Pour être bon inventeur, il faut "un esprit prêt aller hors des sentiers battus et une très bonne formation scientifique". Il salue celle octroyée en Belgique, même si, en recherche, "les moyens ne sont pas toujours à la hauteur de la qualité des individus. Et on n’aime pas trop les têtes qui dépassent." Ayant pris la nationalité française - "ma vie est en France" -, il explique avoir été déchu de la belge alors qu’il comptait conserver les deux. Mais il n’est pas amer : il reste professeur extraordinaire à l’UCL.