RENCONTRE

Paul Rolin est l'une des figures emblématiques du golf en Belgique. Joueur confirmé, il fut notamment sélectionné à deux reprises dans l'équipe Continentale affrontant la Grande-Bretagne au St Andrews Trophy, a été champion de Belgique à huit reprises entre 1946 et 1966, remporté le prix du roi quatre fois d'affilée (de 1955 à 1958) et fut sacré champion en Interclubs avec le Ravenstein... un nombre incalculable de fois. «Je ne prête pas vraiment d'importance à tous ces résultats. Vu que ma femme n'aime pas le golf, je me suis d'ailleurs débarrassé de mes 400 coupes, offertes en partie à un curé» nous raconte-t-il, toujours l'oeil vif à l'aube de ses 80 printemps.

Après avoir mis entre parenthèses sa «carrière» de joueur au milieu des années 60, Paul Rolin resta actif en tant qu'architecte de golf. «J'y suis arrivé véritablement par hasard, en cherchant à monter le terrain du Bercuit du côté de Grez-Doiceau. J'ai alors fait appel à Robert Trent Jones, un Américain d'origine galloise qui a plus de 600 parcours de golf à son tableau de chasse et qui m'a appris de nombreuses ficelles du métier».

Du Bercuit à Rinkven

Alors que le Bercuit sera finalement ouvert en 1971, M. Rolin s'associe avec l'architecte américain réputé, créant des parcours aux quatre coins de l'Europe (Bondues en France, Genève en Suisse,...) et même en Afrique du Nord, avec le magnifique parcours de Dar El Salam au Maroc, où se dispute toujours à le Trophée Hassan II.

En 1980, il crée en Belgique son propre bureau d'architecture de golf, son premier projet étant le 27 trous du parcours anversois de Rinkven... où, insatiable, il est désormais chargé de réaliser 9 trous supplémentaires!

«Sur un terrain situé près de la nappe aquifère, nous avons dû creuser des étangs et moduler les greens de manière très précise. Ce que j'ai effectué en collaboration avec mon ami anglais Gordon English, auteur de plus de 1.500 greens à travers le monde. Par ailleurs, j'ai toujours tenu à y protéger les belles allées de chêne, enlevant juste des hêtres mourants. (...) Le terrain de Rinkven a connu rapidement un beau succès alors que, en tant que promoteur du projet, j'avais demandé au Conseil d'Administration que l'on bannisse du club-house toute discussion sur les langues, la politique ou la religion, le golf n'étant ni fransquillon, ni flamingant!»

À 55 ans, la seconde carrière de celui qui était auparavant patron d'une entreprise de construction métallique à Willebroek, était désormais lancée. Le 18 trous de Rigenée (Villers-la-Ville), le parcours du Lion au Royal Waterloo sont ainsi dessinés par ses soins, avant que sa société anonyme Golf Art n'assure la construction de parcours tels Brabantse (Melsbroek), Gomzé, Flanders Nippon (Hasselt) ou encore Cleydaal (Aartselaar), ainsi que de nombreux golf en France, Espagne, Allemagne. Soit 41 actuellement (dont 11 en Belgique), alors que neuf projets sont en cours, notamment en Hongrie et en Andalousie.

«La principale qualité d'un architecte de golf est d'avoir une bonne analyse des reliefs, tant à partir des cartes d'Etat-Major que des photos aériennes. Il faut ensuite appliquer les normes de construction établies par l'USGA selon les possibilités locales, tout en travaillant en étroite collaboration avec un paysagiste concernant d'éventuelles plantations...».

Alternatives à chaque coup

Reste cependant alors à rendre chaque trou intéressant au niveau purement golfique! «Le principal est de donner une émotion au joueur. De mon côté, j'ai le souci permanent d'imaginer des alternatives à chaque coup. Le placement des pièces d'eau et des bunkers, tant de parcours qu'à côté des greens, doit offrir de multiples possibilités de jeu. Et ce, même s'il est amusant de constater que la plupart des joueurs essaient de franchir n'importe quelle difficulté, même s'ils savent pertinemment que leurs moyens sont limités et qu'ils feraient mieux de jouer la sécurité...» sourit notre interlocuteur, qui ne joue uniquement ses parcours qu'une fois la finition achevée. «Le plus difficile est de réaliser un beau par 3. Celui-ci ne doit pas nécessairement être long, mais il faut avoir une recherche au niveau du dessin du green et une réflexion quant à la disposition des défenses, permettant d'avoir de nombreuses positions de drapeaux différentes et intéressantes».

Quant à savoir si les greens doivent être ou non surélevés, M. Rolin a un avis pertinent sur la question. «Si le terrain n'est pas naturellement drainant, le green doit être impérativement légèrement surélevé. Les joueurs, à commencer par les pros, estiment cependant qu'il est nécessaire que l'on puisse y voir les mouvements de la balle, que les 18 trous invisibles du golf de Deal (près de Douvres) sont un défaut! Or, les parcours sont réalisés à 99 pc pour des joueurs moyens. Dès lors, leur procurer une émotion différente en les empêchant de voir la fin de leur coup est aussi source de satisfaction...».

© Les Sports 2004