Phase-test à Durban

Gilles Toussaint Publié le - Mis à jour le

Envoyé spécial à Durban

Pour l’un, "il n’y a pas de blocage. L’atmosphère est bonne et le jeu est ouvert, mais la tension va commencer à monter" . Pour l’autre, " c’est l’encéphalogramme plat, c’est peut-être pour cela que l’ambiance est détendue pour le moment".

Ces deux avis émanant d’experts rodés résument l’état d’esprit qui prédominait ce lundi à Durban où la 17e Conférence des Nations unies sur le climat a entamé sa dernière ligne droite sous un soleil généreux. Cette douceur encouragera-t-elle les ministres qui ont commencé à rejoindre l’Afrique du Sud à se montrer plus souples ? Difficile de se risquer à un pronostic, tout se jouera comme à l’habitude vendredi, dans les dernières heures de discussions.

"On est toujours dans la phase d’observation, commente un négociateur belge, mais on commence à tester les pistes de compromis possibles." Depuis samedi, un texte synthétisant les éléments susceptibles de figurer dans un accord circule et, se réjouit-on dans les rangs européens, reprend la proposition avancée par l’UE d’établir une nouvelle feuille de route pour tenter de finaliser un traité global légalement contraignant en 2015. Bonne nouvelle, donc ? Minute, papillon. Ledit texte doit encore faire l’objet d’un solide "toilettage" avant de servir de document opérationnel aux décisions ministérielles. Et ladite proposition figure parmi quatre options envisagées en quelques lignes, selon des termes encore très flous. Pour parler de réussite au moment de tirer les conclusions de ce sommet, il faudra que celles-ci reprennent sans ambiguïté le principe d’un engagement juridiquement contraignant et un "ordre de mission" suffisamment consistant sur les chantiers à mener pour espérer le voir aboutir à l’échéance fixée. Une majorité des pays en voie de développement sont cependant prêts à avancer dans cette voie, notent plusieurs observateurs. Toute la question est de savoir quelle position vont adopter les grands pays émergents à savoir le Brésil, l’Afrique du Sud et plus particulièrement l’Inde et la Chine. Cette dernière souffle "le chaud et le froid". En public, elle émet des signaux d’ouverture à l’idée d’un accord juridiquement contraignant, mais en coulisse le discours est moins clair.

Tout cela n’est évidemment pas gratuit et est lié au sort qui va être réservé à la suite du protocole de Kyoto. Sur ce point, il semble acquis que le Canada, la Russie et le Japon feront un pas de côté, mais la piste se précise d’une deuxième période d’engagement à laquelle prendraient part les autres pays industrialisés. Reste à en définir les modalités juridiques, à préciser la durée de cette seconde période (5 ou 8 ans), les objectifs des uns et des autres C’est donc loin d’être plié. Même si le "poids CO2" de ce groupe restreint ne représente plus grand-chose à l’échelle planétaire, la formule aurait le mérite de sauver le protocole qui conserve une valeur "totémique" aux yeux des pays en voie de développement et émergents. "Ces derniers ont les clefs en main pour affirmer leur leadership entre pays industrialisés et en voie de développement en isolant un peu plus les Etats-Unis", estime l’expert français Pierre Radanne.

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