Poignet paumé

V.B. Publié le - Mis à jour le

Bien sûr, les quatre petits chiffres sont à l'écran depuis un bon moment. Mais là, ils commencent à faire grincer des dents. Aujourd'hui, ces quatre figures numériques qui donnent l'heure sur tous les GSM du monde sont en passe de devenir indésirables. Ils sont en tout cas pointés du doigt par les fabricants de montres qui verraient leurs affaires dangereusement piquer du nez par leur faute. Bref, une nouvelle conséquence indirecte de la percée des nouvelles technologies sur les secteurs conventionnels... Après le succès du courrier électronique qui taille des croupières au service postal, après les services d'échange gratuit de fichiers musicaux sur Internet qui feraient trébucher lourdement les majors du disque, c'est donc la prestigieuse industrie de l'horlogerie-bijouterie qui sonne l'alarme pour cause de ventes grignotées.

Ses membres, réunis à Bâle (Suisse) pour le salon annuel de la profession, doivent aujourd'hui faire face à la concurrence du téléphone portable. Ce dernier, en donnant l'heure, inciterait, particulièrement les jeunes, à se passer de montre. «Les jeunes n'ont plus de montre aujourd'hui: s'ils veulent savoir l'heure, ils regardent leur portable, qu'ils ne quittent jamais», soupire Patrice Besnard, représentant du Comité français de l'horlogerie, de la bijouterie, de la joaillerie et de l'orfèvrerie, au salon Baselworld.

Les relations entre mondes horloger et télécom auraient pu s'en tenir à ce niveau de tension, mais certains ont cru bon d'en rajouter. En février dernier, un opérateur français de téléphonie mobile a lancé une campagne publicitaire où les montres étaient purement et simplement jetées à la poubelle... Une «provocation» à laquelle les responsables du Comité de l'horlogerie ont répondu en demandant par voix de justice l'interdiction de ladite campagne. Par ailleurs, le mode «horloge classique» (avec aiguilles et cadran stylisés) proposé par certains GSM en alternative au mode «quatre chiffres» n'ont rien fait pour arranger les choses.

Selon la Fédération horlogère suisse, le nombre total de montres vendues est en baisse, mais en valeur, les ventes augmentent. Autrement dit, il se vend moins de montres bon marché, mais de plus en plus de montres chères. Sur les deux premiers mois de cette année, les ventes de montres en plastique de fabrication suisse ont reculé de 25,1 pc à 1,22 million d'unités. Une baisse notable mais sur une période trop courte pour en tirer le moindre enseignement. D'autant que les GSM représentent une partie seulement de la concurrence aux grands horlogers, la plus féroce venant des producteurs asiatiques, et pas seulement dans le bas de gamme.

Bref, d'ici à ce que l'on freine la cadence de production des précieuses locataires de poignet, il y a certainement plus qu'un pas, quantité de tours d'horloge...

© La Libre Belgique 2005

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