Hier, lundi, les collections de haute couture pour l'hiver 2003-2004 commençaient à Paris. Des défilés indéniablement tributaires de la morosité ambiante, même si les maisons de couture se réjouissent déjà de voir leurs clientes américaines aux premiers rangs. La plupart d'entre elles avaient déserté les collections du mois de janvier.

Cette saison, Balmain ne défilera pas. La maison vient de se séparer - d'un commun accord - de Laurent Mercier, et devrait annoncer d'ici quelques jours le nom de celui qui remplacera le jeune Suisse à la tête de la création. Autre absent, l'Italien Maurizio Galante qui a présenté une collection de haute couture masculine, mi-juin, à Florence.

Yohji Yamamoto a pris l'habitude de jouer les précurseurs ces dernières saisons. Une fois encore, il fait défiler son prêt-à-porter juste avant la haute couture. Le show a eu lieu dimanche soir. Et précurseur, le couturier japonais l'est à plus d'un titre: il présente sa collection pour l'été 2004, alors que la haute couture n'en est qu'à l'hiver prochain! Les vêtements sont presqu'invariablement noirs. Avec de très larges chapeaux et des petits hauts très géométriques. Seules touches de couleurs: des tongs, signées pour Adidas, à semelles hautes.

Plus officiellement, et comme d'habitude, c'est Torrente qui ouvre le bal de ces défilés. Avec cette fois-ci, à sa tête, le créateur Christophe Josse. Cela fait douze ans que Rose Mett-Torrente le formait. Elle lui a cédé sa place la saison dernière, à 70 ans, abandonnant du même coup ses actions dans l'entreprise. Autant dire que Christophe Josse a convaincu. Et sa formatrice, et la presse. Les critiques sont unanimes. L'inspiration du couturier vogue de la peinture des XVIIe et XVIIIe siècles jusqu'aux pin-up des années 1940. La première pour ses couleurs et ses lignes, les secondes pour leurs airs mutins et leurs coquineries. Du coup, Christophe Josse abandonne les chapeaux pour leur préférer bonnets et turbans, il pare une robe de volants de cuir. Et sa mariée, mutine, s'enroule dans un petit pull pailleté et une jupe courte à la traîne bien «comme il faut».

Quelques heures après Torrente, c'est le Géorgien Irakli Nasidzé qui faisait défiler sa seconde collection de haute couture. Une féerie orchestrée avec maestria à coup de perles et plumes parsemées sur des robes et jupes aériennes, et des petites vestes très près du corps. Il avait présenté sa première collection en 2001 et était rentré au pays en guest star: premier couturier géorgien à orchestrer une collection de haute couture en France... Cette deuxième collection de dix-huit silhouettes confirme l'impression de son premier passage: la féerie est là. Et le couturier n'en oublie pas ses racines. Il fait défiler un châle crocheté avec des fils teints selon des techniques ancestrales géorgiennes, à base de feuille de figuier, de cendre et de brique rouge. Tout un poème.

© La Libre Belgique 2003