Créée en 2008 au café-théâtre de la Toison d’or, "Arrête" de Dominique Bréda est reprise au tout récent Cuberdon dans une version remaniée. Cette étrange pièce est l’une des toutes premières de Dominique Bréda - meilleur auteur belge aux prix de la Critique 2010 - qui l’avait écrite pour la bande de joyeux lurons du café-théâtre du TTO à partir d’une question qui appelle une foule de réponses : "P ourquoi les spectacles sont-ils aussi chiants ?"

Dans "Arrête", on retrouve l’écriture souple et malicieuse de l’auteur qui aime épingler nos petits défauts et mettre en lumière l’humanité de nos maladresses. S’il nous confiait que l’écriture en solitaire n’est pas très amusante, travailler avec les comédiens est pour lui plutôt "jubilatoire". Il a dû bien jubiler en imaginant les excellents Catherine Decrolier et Jean-François Breuer dans "Arrête" où les comédiens sont mis à rude épreuve. Difficile d’évoquer le sujet de ce spectacle sans en dévoiler l’essence et son principal ressort dramatique Catherine et Jean-François doivent répéter une pièce du célèbre auteur américain Windsboroughglancy où un cow-boy solitaire qui crache par terre et fume sans cesse tombe amoureux de la fille du chef du village indien. Les comédiens présentent leur "work in progress" au public, font imaginer les costumes et la scénographie, "une plaine aride avec des montagnes rouges qui se détachent à l’horizon", le plateau de trente mètres de large et surtout distribuent un questionnaire pour les aider à progresser. "La scène n’est-elle pas trop courte ?", "Le thème du spectacle vous intéresse-t-il ?", "Catherine joue-t-elle trop bleu ?" sont quelques-unes des questions proposées.

Mis en scène avec beaucoup de créativité par Gwen Berrou, Catherine Decrolier et Jean-François Breuer mettent en perspective le théâtre en dévoilant les coulisses du processus de création. Pourtant, Dominique Bréda ne pouvait se satisfaire de deux niveaux de lecture et pousse l’interaction avec le public jusqu’à faire douter de la réalité des comédiens. Dommage que le questionnaire ne soit pas plus exploité et que la fin s’embrouille dans une perte de rythme, car la première moitié vaut à elle seule le détour tant les comédiens excellent dans ce registre comique. Si on ne saura pas pourquoi certains "spectacles sont si chiants", on ne vous dira pas non plus pourquoi les spectacles de Dominique Bréda sont si drôles, il faut les expérimenter.

Bruxelles, café-théâtre le Cuberdon, jusqu’au 5 mars. Du mer au sam à 20h30, le dim à 16h. Durée : env. 1h15. Infos : 0498.10.16.25 et www.le-cuberdon.be