Reyes, entre découvertes et grand répertoire

Nicolas Blanmont Publié le - Mis à jour le

Rencontre

Il faut aller sur YouTube et la retrouver, à 9 ans, jouant avec une stupéfiante maturité deux valses de Chopin devant Cyprien Katsaris à "L’école des fans" de Jacques Martin. Enfant prodige, mais toujours là aujourd’hui, elle partage sa vie entre Bruxelles, où elle vit, et Paris où elle enseigne au Conservatoire.

Les fidèles du Concours Reine Elisabeth connaissent bien Eliane Reyes. Parce que la pianiste verviétoise s’y présenta, bien sûr, mais aussi et surtout parce qu’elle fut l’accompagnatrice de nombreux violonistes, à commencer par Lorenzo Gatto avec lequel elle a fini par former un duo régulier qui vient de se produire aux quatre coins de l’Europe dans quelques unes des plus belles salles de concert : "C’était une expérience fabuleuse, tant pour la collaboration - qui ne s’arrête pas - avec Lorenzo, que pour la découverte de toutes ces salles mythiques, à l’acoustique fabuleuse."

Mais, s’il est prévu qu’elle revienne en 2012 pour la session violon, on ne retrouvera pas Reyes cette année au Concours aux côtés des chanteurs : "Jouer des sonates avec un violoniste, c’est vraiment de la musique de chambre. Jouer avec un chanteur, c’est plutôt de l’accompagnement."

Parmi les deux CD que Reyes vient de publier, il en est pourtant un où elle accompagne une chanteuse, la soprano - belge elle aussi - Anne Renouprez : "Anne et moi nous connaissons depuis les bancs de l’école ! Elle a beaucoup travaillé sur Debussy, et elle s’est rendue compte que le recueil Vasnier, une collection de mélodies de jeunesse écrites pour Marie Vasnier, n’avait jamais été enregistré intégralement. Comme, en tant que pianiste, je suis passionnée par la musique de Debussy, j’ai été ravie de partager ce projet avec elle."

Mais l’enfant chéri de Reyes, c’est surtout l’autre CD, un disque solo consacré aux Intermezzi d’Alexandre Tansman (1897-1986), compositeur français d’origine polonaise, ami - entre autres - de Charlie Chaplin ou Vladimir Jankélévitch : "J’avais déjà enregistré pour Naxos de la musique de chambre de Tansman et, lors du concert de lancement à Paris, il y avait notamment Mireille Tansman, une des filles du compositeur, qui m’a proposé de me lancer dans du solo. L’éditeur m’a envoyé la partition des Intermezzi, qui n’avaient jamais été enregistrés, notamment en raison de leur complexité : effectivement, c’est du niveau de difficulté des préludes de Chopin, si pas plus. Les 24 pièces sont très diversifiées, avec des influences tour à tour de Bartók, de Stravinsky, de Bach, de Brahms, de Chopin, et il faut se mettre chaque fois dans la bonne ambiance. Il y a des tierces, des doubles notes, des octaves, des sauts, de quoi se régaler comme pianiste, même si j’ai parfois eu çà et là l’un ou l’autre moment de découragement. Maintenant, j’aimerais pouvoir les jouer en concert : pas tous comme cycle, mais certains ça et là."

Il est encore d’autres pièces de Tansman que Reyes aimerait enregistrer, et notamment son deuxième concerto pour piano. Pour un jeune pianiste, c’est presque devenu une nécessité de passer par des compositeurs moins connus pour se faire connaître : "Je rêverais, évidemment, d’enregistrer un disque Chopin. Mais quelle firme va me produire dans un tel projet alors qu’il y a Ashkenazy, Argerich et des milliers de pianistes qui ont fait de sublimes disques Chopin. Nous sommes presque obligés de passer au disque par du répertoire oublié. Mais, après, on nous dit ‘Mais que valez-vous dans du grand répertoire ?’ Et en concert, les organisateurs insistent pour qu’on ne mette pas trop de musique contemporaine ou inconnue !"

Debussy : CD Pavane ADW 7538; Tansman : CD Naxos 8.572266. En concert avec Anne Renouprez à Waterloo (Espace Bernier, le 12 mai à 13h15), Paris (Musée Debussy à StGermain en Laye, le 14 mai) et Bruxelles (Espace Senghor, le 18 mai à 20h).

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