Jamais sans doute autant qu'aujourd'hui la société de consommation n'a-t-elle suscité la critique, la contestation, voire une certaine forme de révisionnisme. Le mouvement altermondialiste milite depuis quelques années en faveur d'une globalisation plus respectueuse de l'homme pris en tant qu'individu, et dont on aurait coupé l'étiquette - forcément uniformisante - du consommateur, travailleur... Parallèlement, de nouvelles pratiques de «distribution» sont apparues, sous l'impulsion d'activistes ou de simples isolés embrassant l'idée du bien commun (dans tous les sens de l'expression): le partage de fichiers musicaux sur Internet, l'abandon de livres dans l'espace public, le dépôt sauvage de disques autoproduits dans les rayons de magasin, tout trois allant à la rencontre d'un consommateur nouveau, non payeur.

Yomango va un cran plus loin. Ce mouvement originaire d'Espagne prône ni plus ni moins que le vol comme acte de résistance à la culture commerciale dominante. Son slogan: «You want it? You got it» (Vous le voulez? Vous l'avez), ce qui vaut à la page d'accueil du site Internet du groupe l'effigie de feu Roy Orbison, en référence à sa célèbre chanson.

Tout commence début juillet 2002 en Espagne. C'est la fin des soldes dans les rues bondées de Barcelone. Dans le cadre d'un festival d'art, un groupe d'activistes organise un défilé de mode parodique à l'entrée d'un magasin de vêtements. Dans la confusion née sur le seuil de la boutique, certains rentrent puis ressortent avec une petite robe d'été azur. L'objet de la dérobade passée inaperçue ne tarde pas à être enfilé par l'un d'eux pour une petite séance de pavane sous les regards amusés des badauds et effarés des vigiles. La robe sera exposée par la suite comme trophée de cette performance artistique de haut vol... Yomango est né.

Le collectif tire son nom de Mango, une chaîne de vêtements à succès en Espagne, et fait référence à l'argot espagnol (Yomango signifie «je vole»). Mais cette nouvelle marque n'a pas pour objectif la vente de marchandises mais leur «enlèvement». Une pratique, et même un style de vie, que Yomango souhaite promouvoir à large échelle en tant que forme de désobéissance civile et d'action directe contre les multinationales. Objectif: en finir avec la logique d'accumulation grâce à une libre circulation des biens poussée à l'extrême... Hormis la manière, Yomango est là dans la lignée de ceux qui prônent la déconsommation soutenable en lieu et place du développement durable.

VOL «ÉTHIQUE»

Mais c'est par des sentiments bien éloignés de ce discours pour le moins musclé que Yomango propose de convertir les individus en «Robins des magasins». Notamment en flattant l'égo de ceux chez qui le risque et l'innovation figurent parmi les principales valeurs. Le collectif insiste aussi sur la perspective du bonheur: «Osez désirer», «Soyez heureux, insolemment heureux», ordonne le deuxième des dix commandements devant mener l'«adepte» à une vie plus «Yomango».

Les activistes parlent de «libération du désir et de l'intelligence». Bref, le bonheur vu comme le fruit d'un acte volontaire, celui de dérober, aux antipodes du geste passif d'acheter. Car, pour ces activistes, l'achat est une action ennuyeuse, aliénante, un acte socialement prédéterminé et basé sur le principe de l'obéissance (aux codes de consommation), alors que Yomango est un style de désobéissance. Le mouvement prône un vol «éthique», en quelque sorte, qui aurait pour objet la réappropriation des biens et la satisfaction des désirs et des besoins de ses proches.

Yomango réfute pourtant le terme de vol et lui préfère celui de magie. «Le vol est considéré comme un délit, mais Yomango ne reconnaît ni la légalité ni l'illégalité», précise le quatrième commandement. Dans ces conditions...

Webwww.yomango.org et Webwww.yomango.net.

© La Libre Belgique 2003