Parmi les nombreux châteaux du Grand-Duché, Sanem occupe une place trop maigre. Evidemment, il n'est pas planté sur un éperon rocheux et ne domine pas des vues immenses comme tant de châteaux forts de ce beau pays. C'est même le contraire. S'il n'avait pas son parc d'un peu moins de six hectares, il aurait des difficultés à respirer.Influences italiennesMais au contraire de certains castels médiévaux auquel son passé le rattache, Sanem est presque complet. Ses bases remontent au XIIIe siècle, disent les rares textes. La fortification a vraisemblablement subi d'importants dégâts dans les années 1550, quand les troupes françaises ont ravagé la zone. Comme on le lit dans un livre récent du Fonds Mercator (1), "vers 1567 seulement, le château est reconstruit par Frédéric de Hagen-Fleckenstein, selon l'épitaphe au-dessus de la porte. Le projet initial comprend quatre corps de logis qui se développent autour d'une grande cour intérieure. Le donjon intégré aujourd'hui du côté est (tour carrée) est un résidu gothique". Son apparence est celle de l'époque de la pleine Renaissance comme en témoignent les décors visibles en la cour intérieure.

Ici, dès que l'on a franchi le porche couvert quand on se retourne aussitôt, on admire sur la droite un ingénieux étagement de trois galeries. Certes, nous ne sommes pas dans un palais, ni chez des souverains, mais l'idée est là, héritée des architectes italiens des années 1450-1500 qui depuis Urbin, entre autre, avait imaginé des loggias aux demeures princières. Ces trois étages décorés d'arcades, à chaque niveau différentes et en tuffeau, sont d'une rare élégance sous nos latitudes. Aux deux étages supérieurs ces galeries sont fermées par de jolies verrières.

Pour ce qui concerne les allusions architecturales médiévales, on trouve encore la tour circulaire occidentale qui évoque un système de défense quand le château devait être partiellement entouré d'eau. D'ailleurs, on accède à la cour intérieure par un pont de pierre. Le château est ici protégé par deux bouches à feu, calées entre un large portail d'esprit Renaissance marqué des armoiries des barons de Tornaco.

Dans la cour intérieure, on trouve aussi trois tours d'angle à huit pans, plus ou moins incrustées (engagées disent les architectes) dans les façades qui aujourd'hui se limitent à un double élément formant un L. Nul doute que tout ceci était clos pour accroître la défense.

Au bout de la cour intérieure se trouvent des remises à voitures à cheval signalées par les trois arcades accolées placées sous un large fronton débordant la ligne de la gouttière. Cette partie semble dater du XVIIIe siècle; et au contraire des autres façades ici on ne voit point d'enduit mais bien directement les moellons de grès.HistoireComme dans la partie mosane de la Belgique actuelle, les troupes françaises vinrent faire des ravages dans la seconde moitié du XVIe siècle.

Le château sera occupé plusieurs fois. Au XVIIe siècle ce sont des Polonais appartenant aux armées impériales qui prirent le château. Après les Hagen, on y trouva les comtes von Daun dont le fameux général Léopold-Joseph (1705-1766), prince de Thiano, parent de l'éphémère gouverneur des Pays-Bas (1724). D'après l'actuel baron de Tornaco, "en 1753 on vit arriver Arnold-François baron de Tornaco. Il était le frère du feld-maréchal aux armées d'Autriche qui lui avait acheté Vervoz. A la génération suivante, les deux frères marièrent deux de leurs enfants et les deux châteaux connurent une vie commune. Notre famille garda Sanem jusqu'en 1950 quand le baron Auguste vendit le château à la commune d'Esch-sur-Alzette, aidée financièrement par la famille Muller-Tesch. Le château devint un orphelinat connu sous le nom de "Kannerschlass" et resta d'utilité publique et enfantine comme c'est encore le cas aujourd'hui". Le château est en partie occupé par le "Centre virtuel de la Connaissance sur l'Europe".

Alex Languini. L'Art au Luxembourg, de la Renaissance au début du XXIe siècle, Fonds Mercator et Editions Schortgen, Bruxelles-Luxembourg. Tél. : 02.548.25.35.