scènes Critique Camille de Marcilly

Après plus de deux mille ans de civilisation judéo-chrétienne, force est de constater que toutes les organisations humaines ont échoué", notent Caroline Lambert et Eric De Staercke. Alors que le nationalisme prend de la vigueur, que des guerres ont lieu sur plusieurs continents et que la crise laisse de plus en plus de gens sur le bas-côté de la route, laissant l’Otan, l’Union européenne et l’Onu impuissants, il faut sans doute chercher une nouvelle solution, au-delà des systèmes politiques.

Le théâtre, voici la clef de tous les problèmes pour ce duo d’auteurs et comédiens déjantés à la démarche humaniste. Avec leur spectacle au titre insolite - "De l’influence du théâtre belge sur la gestion et la résolution des conflits mondiaux" - créé au Théâtre de la Place des Martyrs fin 2012, et repris au centre culturel des Riches-Claires, Caroline Lambert et Eric De Staercke proposent un postulat simple : si l’on passait plus de temps au théâtre, le monde se porterait mieux et le budget de la police pourrait ainsi être alloué à la culture. En une dizaine de tableaux tous plus absurdes et drôles les uns que les autres, ils explorent la relation de couple et les sentiments avec jubilation.

Monique et Walter s’apprêtent à déguster une escalope de veau quand la police du théâtre frappe à la porte. Terrorisés, ils ne peuvent qu’acquiescer face à leur infraction : plus de onze années sans mettre les pieds dans un théâtre. Les voilà affligés d’une lourde peine : l’obligation d’écouter un long monologue extrait du "Cid" de Corneille. Alors qu’un pseudo-comédien déblatère son texte de l’autre côté de la porte, ils s’interrogent : et si le théâtre pouvait être différent ? Pourrait-il y avoir un théâtre autre que les classiques ou des représentations de deux heures avec des acteurs nus qui ne disent pas un mot ? Psychanalyse, stage de remise en forme, médicaments, ils ont tout essayé pour donner un peu de couleur à leur vie terne. Et si le théâtre était la solution ? S’ensuivent une série de saynètes loufoques où Brigitte et Jean-Guy, en combinaison moulante, tentent de sentir la vague, où un chirurgien assisté de son infirmière admirative opère une escalope à cœur ouvert, où un père révèle sa méthode peu orthodoxe pour endormir sa fille…

Excellents, Caroline Lambert, survoltée, et Eric De Staercke, placide, offrent un bel hommage au théâtre belge avec ce spectacle burlesque. Une parenthèse rafraîchissante et décomplexée.

Bruxelles, Centre culturel des Riches-Claires, jusqu’au 25 janvier. Durée : env. 1h10. De 8 à 16 €. Infos : 02.548.25.80.; www.lesrichesclaires.be